Accueil » Ressources » La direction générale du Trésor » Les services économiques à l'étranger » Espagne
 

Nouvelles d'Espagne - n°17 (3 juillet 2017)

Actualité Economique

Les Cortes espagnoles ratifient l'accord économique et commercial global entre l’UE et le Canada (CETA). Le PP, Ciudadanos, le PDeCAT (anciennement Convergència) et le PNV, ont voté favorablement à la ratification de l’accord de libre-échange. Sans surprise, le parti Podemos a voté contre l’accord commercial. Le vote a été marqué par l’abstention du PSOE (parti socialiste espagnol), qui a récemment changé de position après la victoire de Pedro Sánchez à la tête du parti au mois de mai. L’accord doit encore être ratifié par le Sénat, où le PP dispose d’une large majorité.

macroéconomie

La Banque d’Espagne révise à la hausse ses prévisions de croissance pour 2017 (+3,1 %). Dans le cadre d’un exercice de prévisions triennales des pays membres de la zone euro, la Banque d’Espagne a présenté des perspectives macroéconomiques qui sont bien orientées pour la période 2017-2019 et accompagnées d’une réduction des déséquilibres macrofinanciers (gains de compétitivité alimentant l’excédent courant, réduction de l’endettement privé). Les créations d’emploi resteraient dynamiques mais conduiraient à une réduction progressive de la productivité apparente du travail tout au long de l’horizon de prévisions (cf. Tableau 1). Selon les estimations de la Banque centrale, la croissance trimestrielle du PIB s’élèverait à +0,9 % t/t au T2 2017.

Le déficit commercial espagnol se dégrade de 51 % g.a. en avril 2017, pour atteindre 8,4 Md €. Cette détérioration, comme sur les trois précédents mois, résulte principalement de la croissance des importations en valeur[1] (+12,4 % g.a. par rapport au mois d’avril 2016) du fait de la hausse du cours du pétrole. Néanmoins, la situation commerciale hors énergie s’améliore puisque l’Espagne enregistre un déficit commercial hors énergie de 20 M € au mois d’avril 2017 (contre 190 M € sur la même période en 2016).

La Banque d’Espagne invite le Gouvernement à adopter des réformes qui soutiennent l’activité des entreprises. Selon le directeur du département des études de la Banque d’Espagne, Pablo Hernández de Cos, le secteur privé a mené des « efforts spectaculaires de désendettement » pendant la crise. La dette du secteur privé (entreprises et ménages), qui s’élevait à 215 % du PIB en 2010, atteint désormais 157 % du PIB. « Le cadre règlementaire actuel entrave l’activité des entreprises » selon lui et doit être révisé ; de même qu’une attention particulière doit être portée aux gains de productivité, pour soutenir la croissance à terme dans un contexte de contraction démographique. Par ailleurs, le système fiscal serait « inefficient » et génèrerait « des distorsions » qui grèvent la croissance et l’emploi selon David López Rodríguez (unité de politique budgétaire de la Banque d’Espagne). Il serait pertinent d’établir un taux unique de TVA et de réorienter le recouvrement fiscal vers l’imposition indirecte (« réduction des exemptions, déductions et bonifications qui érodent la capacité de recouvrement » de la TVA) selon ses dires.

L’inflation est orientée à la hausse au mois de juin (+1,6 % g.a.). Selon l’indicateur avancé de l’INE, la dynamique inflationniste en Espagne s’essouffle par rapport aux cinq premiers mois de l’année, période pendant laquelle l’indice des prix à la consommation affichait une croissance mensuelle moyenne de 2,6 % g.a. A noter toutefois que l’inflation sous-jacente demeure stable, et proche de 1 %, depuis le début de l’année 2017. Après l’Estonie, l’Espagne est l’économie de la zone euro qui enregistre les plus fortes pressions inflationnistes sur le premier semestre, au-delà de la cible d’inflation visée par la BCE (2 %) et de la moyenne de la zone euro (1,7 %) selon les données de l’OCDE.

finances publiques

Le Sénat adopte la version définitive du projet de loi de finances 2017. Aucun amendement additionnel n’a été introduit par rapport au projet de loi adopté par les Cortes à la fin du mois de mai, le PP bénéficiant d’une large majorité à la Chambre haute. Le projet de loi est donc adopté en l’état, sans repasser devant les Cortes tel que le prévoyait initialement le gouvernement. Ce nouveau cadre financier se substituera au budget 2016 qui a été prorogé sur le premier semestre de l’année 2017.

Le conseil de politique budgétaire et financière adopte les objectifs de déficit et de dette des communautés autonomes pour la période 2018-2020. Le conseil, qui réunit les présidents des communautés autonomes et le Ministre des finances, a approuvé les cibles de finances publiques malgré le vote des présidents socialistes à leur encontre. L’objectif de déficit des communautés autonomes pour 2018 est fixé à 0,3 % du PIB (0,6 % en 2017), le retour à l’équilibre budgétaire étant prévu en 2019. Quant à l’endettement régional, chiffré actuellement à 24,8 % du PIB (T1 2017), il doit être abaissé à 22,3 % en 2020.

Le Gouvernement accorde un prêt sans intérêt de 10,2 Md € à la Sécurité sociale, pour financer les pensions (principalement de retraites) de l’année 2017. Ce prêt couvrira une partie des deux versements du mois de juillet, pour un montant de 9,5 Md € [2] ; le reste étant destiné aux versements du mois de décembre. L’octroi d’un tel prêt, d’une maturité de 10 ans, reflète les difficultés financières des administrations de Sécurité sociale qui ont dégagé un déficit budgétaire équivalent à 1,6 % du PIB en 2016.

Le nouveau système de gestion de la TVA est entré en vigueur le 1er juillet. Le système informatisé immédiat (SII) oblige les grandes sociétés espagnoles, dont le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 6 M €, à communiquer électroniquement, dans un délai de huit jours (abaissés à quatre jours en 2018), toutes leurs données facturières à l’Agence fiscale. Cette obligation concerne près de 63 000 sociétés sur les 3,2 millions de contribuables recensés, qui réalisent 80 % de la facturation totale (soit 50 Md €). Grâce au SII, l’administration fiscale espagnole vise à gagner en réactivité dans le traitement des demandes de remboursement de crédit de TVA et bénéficier d’un contrôle accru en matière de fraude à la TVA.

entreprises

Syndicats et patronat parviennent à un accord dans le cadre de la libéralisation du secteur portuaire espagnol. L’accord, qui met fin à 5 mois de conflits dans les ports espagnols, fait suite à une condamnation par la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) en décembre 2014 pour libéraliser le secteur portuaire espagnol face au monopole de la SAGEP[3]. Suite à l’adoption d’un décret-loi le 19 mai dernier par le Congrès espagnol, des dissensions entre les syndicats et le patronat (Anesco) étaient apparues, les premiers condamnant les prévisions de réduction des effectifs. Après une longue période de grève[4], syndicats et patronat sont parvenus à un accord garantissant le maintien des travailleurs portuaires. Le dispositif définitif sera mis en place après une période transitoire de trois ans.

Actualité Financière

secteur bancaire

La Banque d’Espagne estime à 61 Md € le coût de la restructuration bancaire. L’Etat aurait injecté 76,4 Md € dont 56,8 Md € à travers le FROB et 19,6 Md € à travers le fonds de garantie des dépôts depuis 2010. Selon le superviseur espagnol, les pertes pourraient s’élever à 60,7 Md €[5], soit 79 % des aides publiques versées aux banques et caisses d’épargne espagnoles. De ces aides, 4,1 Md € ont été récupérées et 12,2 Md € seraient encore récupérables. A noter que Bankia est l’entité qui a le plus bénéficié des aides publiques, estimées à 22,4 Md €, soit 29 % des aides publiques totales.

Bankia et BMN s’accordent sur leur fusion pour 825 M €. Bankia absorbera BMN à travers la remise de 205,6 millions de nouvelles actions aux actionnaires de BMN, pour un montant de 825 M €[6]. Bankia offre ainsi 1 titre de son capital en échange de 7,82 titres de BMN. La fusion, qui s’achèvera entre les 3e et 4e trimestres de cette année, génèrera des économies estimées à 370 M € en trois ans selon Bankia. Le FROB restera le principal actionnaire du groupe bancaire avec 66,6 % du capital et les anciens actionnaires minoritaires de BMN détiendront 2,3 % du capital de Bankia. Le président de Bankia, M. Goirigolzarri, a signalé que l’Etat pouvait espérer de nouvelles opportunités cette année pour avancer dans la privatisation du groupe. Il est convaincu que la fusion des deux banques était la meilleure option pour rembourser les contribuables. A noter que l’Etat a injecté 24 Md € de fonds publics dans les deux entités.

Les filiales américaines de Banco Santander et de BBVA réussissent le stress test de la FED. Les filiales américaines de Banco Santander et BBVA affichent un ratio de solvabilité CET 1 de 12,8 % et 7,7 % respectivement, lors de la première phase de ce test. 34 banques américaines détenant plus de 50 Md USD d’actifs ont été soumises à un scénario de détérioration économique extrême[7]  ; les exigences de capital CET 1 étant fixées à 4,5 %. La seconde phase du test[8] a également été concluante pour BBVA et Banco Santander puisqu’elles ont été autorisées par la FED à distribuer des dividendes (pay out) cette année. Pour rappel, l’année précédente, la filiale américaine de Banco Santander avait échoué pour la troisième fois consécutive lors de la seconde phase de ce test. A noter que ces tests ont été mis en place par la loi Dodd-Frank en 2010 pour s’assurer que les entités bancaires américaines qui présentent des risques « systémiques » soient suffisamment capitalisées en cas de crise.

Unicaja fait son entrée en bourse. La huitième entité bancaire espagnole a lancé son introduction en bourse (IPO) le 30 juin 2017 et a fixé le prix définitif d’une action à 1,1 € ; représentant la 61e place boursière espagnole. Les marchés ont vu d’un bon œil l’IPO de l’entité bancaire puisque son titre s’est valorisé de 6,4 % et sa capitalisation boursière s’est élevé à 1,8 Md € (contre 1,7 Md € lors de son IPO) lors de la clôture.



[1] Les importations d’hydrocarbures ont augmenté de 72 % g.a. au mois d’avril 2017 et contribuent positivement à la croissance des importations espagnoles totales (contribution de 8,7 pp).

[2] 6 Md € seront octroyés par l’administration centrale et 3,5 Md € proviendront du Fonds de réserve des pensions dont la valorisation s’élèvera à 11,6 Md € suite à cette opération. Au mois de juillet auront lieu le paiement mensuel des pensions et le versement d’une 13e mensualité ; une 14e mensualité étant versée au mois de décembre.

[3] Société qui détient depuis 2010 l’exclusivité des recrutements.

[4] Entrainant plus de 150 M € de pertes et une baisse des parts de marché pour les ports espagnols.

[5] En comptant également des ajustements estimés à 540 M €.

[6] Basée sur le prix d’une action de Bankia au 23/06/2017 soit 4,01 €.

[7] Dans le « scénario économique catastrophe » retenu par la FED, les pertes de crédits s’élevaient à 383 Md USD, avec un taux de chômage à 10 % (au lieu de 4,3 % aujourd’hui), et les prix de l’immobilier se contractaient de 35 %. Le ratio CET1 des 34 banques testées chutait de 12,5 % à 9,2 %.

[8] La banque centrale américaine évalue les systèmes de mesure et de contrôle des risques mis en place par les établissements ce qui permet à la FED de se prononcer favorablement ou non sur les plans de redistribution de dividendes aux actionnaires.


Publié le 06/07/2017
Espagne

Focus sur

Les dispositifs de soutien à l’internationalisation des entreprises en Espagne

De nombreux organismes publics soutiennent l’internationalisation de l’économie espagnole. L’ICEX, équivalent de Business France, accompagne les entreprises sur les marchés extérieurs et promeut l’inv...

- 04/10/2016

Eléments d’analyse sur la reprise de la consommation des ménages en Espagne

La reprise de la consommation finale des ménages en 2014 (+1,2% en termes réels) s’apparente à un rebond naturel après six années consécutives de croissance négative (à l’exception de 2011). Cette dyn...

- 15/01/2016

Focus sur Vidéo

Espagne : quelles opportunités pour les entreprises françaises ? (février 2017)

Expertise du Service économique régional de l'ambassade de France en Espagne (Jean-François Collin, Ministre-conseiller pour les affaires économiques et chef du SER ; Jérôme Frouté, conseiller pour les Affaires agricoles et la Pêche au SER ; Robert Mauri, conseiller Industrie et Développement durable au SER)

- 15/02/2017