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Le secteur du gaz en Egypte

De 61,4 Mds m³ en 2011, la production égyptienne de gaz naturelle a connu une dégradation forte et continue jusqu’à atteindre un point bas de 41 Mds m³ mi-2016. Cette baisse s’explique principalement par le report pendant plusieurs années de la mise en exploitation de nouveaux champs par les compagnies pétrolières et gazières internationales suite à l’absence de règlement des arriérés que leur devait l’Etat égyptien et à un désaccord sur le tarif de rachat du gaz produit.

La production a ensuite commencé à remonter pour atteindre en rythme annuel 46 Mds m³ en mars 2017, augmentation qui devrait se poursuivre dans les mois qui viennent. Ce rebond est entièrement imputable à la mise en production du champ de Nooros (près de Damiette) opéré par ENI et BP, qui a atteint très rapidement un rythme annuel de 10 Mds m³, niveau plateau qui se maintiendra pour les cinq prochaines années. La production totale de l’Egypte n’a cependant pas augmenté d’autant du fait de la poursuite du déclin des anciens champs (baisse de 15% à 25% selon les champs).

Par ailleurs, le champ offshore de West Nile Delta (proche d’Alexandrie) opéré par BP vient d’entrer en production. Il atteindra son plateau en 2019 à un niveau de 15,5 Mds m³ qui devrait durer jusqu’en 2025.

Le redressement de la production devrait s’accélérer considérablement avec l’exploitation par ENI de l’énorme champ gazier offshore de Zohr. Le calendrier serré d’installation de l’ensemble des équipements pour le forage des puits a jusqu’à présent été respecté par ENI et la construction d’un gazoduc sous-marin de 250 km vient de s’achever. La production devrait donc bien débuter au 4ème trimestre 2017. Elle progressera fortement en 2018 (à 9 Mds m³) et en 2019 (à 15 Mds m³). Il est prévu d’atteindre le plateau de production annuelle en 2020 à 26-28 Mds m³, niveau qui devrait être maintenu jusqu’en 2040.

Portée par la démographie et la croissance économique, la consommation (48 Mds m³ en 2015) devrait continuer à croître au rythme soutenu de 5 à 7% par an. Ce rythme de croissance pourrait cependant être inférieur si de réelles mesures d’efficacité énergétique sont mises en place. La politique de réduction sur 5 ans des subventions au secteur énergétique, engagée en 2014 et qui figure comme une des conditions du programme FMI adopté en novembre 2016, devrait avoir un effet incitatif sur l’adoption de mesures d’efficacité énergétique, notamment dans le secteur industriel.

Pour pallier au manque de gaz, les autorités égyptiennes ont commencé en 2015 à importer du Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Deux terminaux flottants de déchargement et de regazéification pouvant accueillir ces importations par méthanier ont été installés en avril et septembre 2015 par la société norvégienne Hoegh et la société BW Singapore. Des contrats d’approvisionnement en GNL ont été signés avec l’Algérie, la Russie et la France (Engie) et plusieurs achats ont eu lieu sur le marché « spot ». Au total ces importations de GNL ont couté 1,4 Md US$ en 2015 et environ 2,6 Mds US$ en 2016 (3,3 Mds US$ en intégrant le coût des terminaux).

Les importations de GNL devraient fortement se réduire dès 2018 et l’Egypte pourrait retrouver une autosuffisance avec l’entrée en exploitation du champ de Zohr. Il est toutefois probable qu’un courant d’importations perdurera, notamment pendant les mois d’été pour faire face au pic saisonnier de demande d’électricité et donc de gaz, qui alimente les 2/3 des centrales électriques. Un seul terminal de regazéification pourrait être conservé. Au total, si l’on tient compte des achats supplémentaires de gaz naturel en remplacement du GNL, l’Egypte devrait économiser entre 1,2 et 1,8 Md $ / an.

L’Egypte pourrait redevenir exportatrice de gaz en 2019 et a le potentiel (production et infrastructures) pour devenir un acteur majeur du GNL dans la région. Les deux usines de liquéfaction de gaz d’Idku et Damiette, quasiment à l’arrêt depuis 2012, ont lancé des négociations avec Chypre et Israël pour importer du gaz et relancer leur activité. L’usine de Damiette (détenue par Union Fenosa et ENI) pourrait également être alimentée par le gaz produit dans le champ de Zohr dès 2019.


Publié le 21/06/2017