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Mauritanie : situation économique et financière, perspectives

Résumé : la Mauritanie continue de faire face à une forte dégradation de ses termes de l’échange. L’économie présente toutefois sur le moyen et long termes, une évolution et des perspectives favorables.

I/-La Mauritanie continue de faire face à une forte dégradation de ses termes de l’échange.

Favorable depuis 2009, la trajectoire du cadre macroéconomique mauritanien a connu, en 2015 une rupture. Supérieur pour la 3ème année successive à 5 % en 2014[01], le taux de croissance annuel du PIB s’est établi à 2% et à 3,1% hors industries extractives[02]. Cette évolution résulte essentiellement de l’effondrement (2014-2015) des cours mondiaux des matières 1ères et tout particulièrement de ceux du fer. Le prix de la tonne de fer, qui était de 128,5 USD en 2012 et de 135,4 USD en 2013 an effet chuté fortement à 96,8 USD en 2014 puis à 55,2 USD en 2015[03]. La détérioration des termes de l’échange est toutefois en partie compensée par la chute des cours mondiaux du pétrole[04] et des denrées alimentaires, ces produits représentant chacun environ 20% du total des importations mauritaniennes. Le montant brut des réserves officielles est de 821,3 MUSD[05] équivalent à 7,7 mois d’importations (hors industries extractives) de biens et services. La dette extérieure contractée ou garantie par l’Etat représente 87,6% du PIB[06]. La même année (2015), la dette du secteur public représente 93,3% du PIB[07]. Le taux d’inflation est de 2,8% (4,5% en 2013, 5% en 2014. Projections du FMI de 3,8% pour 2016 et 4,9% pour 2017).

En l’absence de marché boursier, le système financier mauritanien reste dominé par les banques[08], orientées essentiellement vers le court terme, et les assurances[09]. Fin 2015, l’actif total des banques estimé à 2 Mds USD (43,5% du PIB) représentait plus de 90% de l’actif total du secteur financier. La Caisse des Dépôts et de Développement (CDD), banque publique de développement qui bénéficie d’un statut juridique spécial, a connu une croissance rapide depuis sa création (2011). Elle représente 5 % du total des crédits du système financier[10] avec un portefeuille de crédits fortement concentré sur le court terme (68 % du total). Le marché interbancaire reste faible.

II/-Une évolution et des perspectives de moyen/long termes, favorables

Cette conjoncture difficile ne doit toutefois masquer, ni un cycle de plusieurs années consécutives de solides performances économiques, ni les perspectives favorables qu’offre le pays à moyen/long termes. Depuis le milieu des années 90, l’économie mauritanienne présente en effet des caractéristiques de croissance et de développement positives que ce soit en termes de PIB[11], de PIB/Habitants, d’inflation ou encore de diversification progressive de son économie[12].

Cette évolution, conjuguée aux opportunités offertes (mise en valeur des ressources naturelles, projets d’augmentation des capacités productives de l’industrie extractive avec une production annuelle de fer qui doit passer de 11 à 18 millions de tonnes/an entre 2015 et 2016, programme ambitieux d’investissements publics en cours de finalisation pour 2016-2021, mise en place d’un cadre juridique sur les partenariats publics-privés…) font que la Mauritanie reste un pays attractif pour les investisseurs.

A court terme, les secteurs les plus prometteurs restent ceux des mines et des hydrocarbures et de leur sous-traitance. A moyen/long termes, ce sont ceux de la pêche, de l’énergie, des services, de l’agriculture et de l’élevage, des NTIC qui constituent des enjeux importants de même que, transverses, ceux de l’environnement et de la transformation[13]. Ils sont aujourd’hui mieux pris en compte par les autorités mauritaniennes dans leur stratégie de diversification de leur économie ainsi que dans celles des bailleurs de fonds étrangers. Il convient enfin de prendre en compte une dimension régionale non négligeable, la Mauritanie étant, avec ses deux ports (Nouadhibou et Nouakchott) une porte d’entrée/sortie pour ses voisins, notamment de l’Est avec lesquels elle s’efforce de renforcer ses échanges.

Commentaires

Insuffisamment diversifiée, l’économie mauritanienne reste exposée et vulnérable à des chocs extérieurs qui pourraient remettre en cause son potentiel de croissance à moyen terme. Le renouvellement récent de l’accord de pêche avec l’Union Européenne (UE), le léger rebond des prix du minerai de fer et l’accroissement des capacités mauritaniennes de production de fer et d’or sont autant de signaux encourageants. Le pays sait également compter sur l’appui de bailleurs de fonds traditionnels (Banque Mondiale, Banque Africaine de Développement, UE, BEI…) auxquels viennent s’ajouter notamment les pays du Golfe. Il faut enfin prendre en compte l’intensification des négociations[14]au sujet de l’important champ gazier d’Ahmeyim (offshore profond à la frontière avec le Sénégal) dont la mise en exploitation ne manquera pas d’entraîner une nette amélioration des perspectives économiques./.


[01] Taux de croissance du PIB : 2012 (5,8%), 2013 (6,4%) et 2014 (6,6%).

[02] Taux de croissance du PIB hors industries extractives : 2012 (7,3%), 2013 (8%) et 2014 (6,6%).

[03] Projections FMI : 2016 (42,4 USD la tonne), 2017 (35,5 USD la tonne).

[04] Cours du baril de pétrole (USD) : 2012 (105), 2013 (104,1), 2014 (96,2), 2015 (50,8). Projection s: 2016 (34,8) et 2017 (41).

[05] 2012 : 961,9 MUSD (6,8 mois d’importations de biens et services), 2013 : 996,4 MUSD (5,9 mois) et 2014 : 639,1 MUSD (5,3 mois).

[06] 74% du PIB en 2014, 63% du PIB en 2013 et 68,1% du PIB en 2012.

[07] Elle était de 73,5% du PIB en 2012, de 67,8% du PIB en 2013 et de 80,4% du PIB en 2014.

[08] Le secteur bancaire compte 16 banques commerciales agréées, 02 banques d’investissement, et 05 banques islamiques. Neuf nouveaux agréments depuis 2007. Six banques sont étrangères contre une seule en 2005. Les 05 banques islamiques ont été agréées depuis 2012.

[09] 12 sociétés d’assurance et deux caisses de retraite.

[10] Selon sa loi organique, la CDD est un établissement financier à statut spécial et non une banque. Le terme de banque se rapport aux banques commerciales. La CDD ne figure pas dans la situation monétaire.

[11] PIB mauritanien (MDS USD) : 2007 (2,8), 2012 (5,225), 2013 (5,588), 2014 (5,3), 2015 (4,7). Projections FMI : 2016 (4,54), 2020 (4).

[12] La répartition sectorielle du PIB 2014 la suivante : primaire (21%), secondaire (34,5%), tertiaire (39,1%) et autres (5,4%, administrations).

[13] Transformation des minerais, des hydrocarbures, ou encore des ressources halieutiques actuellement exportées brut.

[14] Echanges entre la juniore américaine Kosmos Energy qui a découvert Ahmeyim et de futurs partenaires ainsi qu’entre les deux pays (Mauritanie et Sénégal) qui viennent d’annoncer un accord pour l’emplacement du futur site d’exploitation.


Publié le 30/06/2016