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Botswana : situation économique et financière (avril 2016)

Une croissance qui fléchit du fait d’une demande externe atone et de la baisse des prix du gemme

Alors que la croissance avait frôlé les 10 % en 2013, conséquence des très bonnes performances du secteur minier et diamantifère en particulier, l’activité a sensiblement décéléré ces deux dernières années, s’établissant à 3,2 % en 2014, avant de s’inscrire en territoire négatif en 2015 à -0,3 %, première année de récession depuis 2009 (-7,8 %). L’an dernier, le pays a fortement pâti de la baisse de la demande externe en diamants, notamment américaine, 1er marché mondial avec 40 % de la demande, à l’origine d’une accumulation de stocks pesant in fine sur les prix du gemme brut. La morosité du marché, liée en partie également au ralentissement de la demande des pays émergents, s’est soldée par un recul de -20 % des ventes annuelles de De Beers et de Botswana’s Okavango Diamond Company. A cela se sont ajoutés la baisse de la demande pour les autres minerais exportés et l’impact sur le secteur agricole de la pire sécheresse connue par le pays depuis 1992, résultat du phénomène El Nino. Le ralentissement de l’activité renvoie toutefois aussi à des causes internes parmi lesquelles la faiblesse du crédit domestique et les pénuries d’eau et d’électricité de plus en plus fréquentes qui pèsent sur le coût de production, affectant d’autant la compétitivité déjà très faible de l’économie botswanaise (71ème sur 140 pays s’agissant du Global Competitivness Report du Forum économique mondial).

 

Alors que les pressions inflationnistes s’inscrivent à la hausse dans la quasi-totalité des pays de la région, le taux d’inflation enregistré par le Botswana reste très contenu, dans la partie basse de la fourchette de 3-6 % suivie par la Banque centrale. Cette bonne maîtrise de l’inflation, en partie liée à la faiblesse de la consommation intérieure, est facilitée par le système de taux de change à parité ajustable et la composition équilibrée du panier de devises de référence du pula, qui renvoient aux principaux pays partenaires, à commencer par l’Afrique du Sud, ainsi que par la faiblesse des cours des hydrocarbures. Sur l’année, le taux d’inflation s’élèverait à +3,4 % après +3 % en 2015. Au plan externe, le pays a vu son excédent courant se réduire rapidement, en lien avec la baisse des ventes de diamants, en se maintenant toutefois à des niveaux très confortables (9,3 % du PIB en 2015 contre un pic de 15,7 % en 2014). Les réserves de change restent très élevées, à 7,5 Mds USD fin 2015, soit 65 % du PIB, bien au-delà du niveau adéquat de 20 à 30 % estimé par le FMI.

 

Politique économique : un policy-mix de plus en plus accommodant

Du point de vue budgétaire, la politique botswanaise, contrairement aux orientations de plus en plus prudentes voire restrictives des politiques menées par les pays voisins, a pris dans la période récente un tournant expansionniste. Alors que le pays avait enregistré des excédents budgétaires de 2012/13 à 2014/15, le pays a affiché en 2015/16 un déficit public de -3 % du PIB, dû aux conséquences du ralentissement de l’activité sur les entrées de recettes, au déclin des revenus de la SACU (en lien notamment avec la faiblesse de la croissance sud-africaine), ainsi qu’à un surcroît de dépenses à la fois courantes (salaires, l’enveloppe des dépenses en personnel comptant toujours pour 12-13 % du PIB et 33 % du Budget, sachant que l’Etat demeure de loin le 1er employeur) et en capital, dont la progression rapide s’explique par la mise en place au 2nd semestre 2015 d’un programme triennal de relance économique (Economic Stimulus Program) initié par la présidence en réponse au fléchissement de l’activité. Ce plan contra cyclique, d’un montant global de 240 M €, se concentre, dans un souci de diversification, sur les secteurs du tourisme, des transports et de l’agriculture via des dépenses d’investissement, financées en large partie par les dépôts du gouvernement constitués lors des exercices budgétaires excédentaires précédents. En dépit de la volonté des autorités de contenir les dépenses courantes et plus spécifiquement les dépenses de personnel, via notamment un meilleur contrôle des dépenses de déplacements, le déficit public pour 2016/17 s’élèverait à 4 % du PIB. Malgré cette détérioration récente, la soutenabilité des finances publiques reste largement assurée, la dette publique au sens large, intégrant les garanties souveraines, s’élevant à 23 % du PIB seulement. L’Etat utilise enfin le fonds souverain (Pula Fund), dont la capitalisation atteindrait près de 7 Mds USD (45 % du PIB), comme outil de politique contra-cyclique.

 

Au plan monétaire, la Banque centrale suit depuis 2009 une politique accommodante qui s’est traduite par une baisse cumulée du taux directeur de 900 pdb, désormais à 6 % (dernière baisse de 50 pdb en août 2015). Bien que les autorités se déclarent indépendantes de l’Afrique du Sud dans la conduite de la politique monétaire, la baisse du taux directeur s’est initialement opérée dans la lignée de la réduction du taux repo sud-africain, le pula étant ancré depuis 1976 (date de sortie du pays de la zone rand) sur un panier de devises dans lequel le rand occupe une place prépondérante (revue à la baisse en 2015 à 50 % contre 55 %) à côté de l’euro, du yen, de la livre sterling, des DTS et de l’USD. Le panier devrait s’ouvrir au renminbi en octobre prochain.


Publié le 02/05/2016