Les échanges de biens entre la France et le Panama en 2017.

 

La bonne performance des exportations françaises vers le Panama, combinée à des importations structurellement très marginales, donne lieu à un excédent notable de 319,1 M EUR (CAF/FAB). Notre commerce avec le Panama nous fournit notre 4ème excédent commercial de la zone Amérique latine. Si une part substantielle de cet excédent provient du pôle de réexportation de Colon, la qualité des résultats enregistrés en 2017 doit beaucoup à la bonne santé, non démentie, du marché intérieur panaméen.

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Les exportations françaises vers le Panama enregistrent une hausse notable en 2017 pour dépasser de 15,1 % leur niveau de 2016. Elles se sont établies à 332 M EUR (FAB), ce qui fait du Panama notre sixième client en Amérique latine. Ce bon résultat reste en retrait de 8,3 % de celui enregistré en 2015. Il convient, comme chaque année, de distinguer, dans cette performance, la part attribuable au marché panaméen de celle qui relève de la Zone libre de Colon (ZLC), 2ème zone de réexportation au monde.

 

 

  1. Le marché domestique apporte une contribution particulièrement solide.

     

    C’est parmi le groupe des « équipements mécaniques, matériel électrique, électronique et informatique » qu’il faut rechercher la cause principale de la hausse d’ensemble (+177 %, 74,5 M EUR). Ce type de biens ne se destine généralement qu’au marché local. En son sein, ce sont les « moteurs et turbines, à l’exclusion des moteurs pour avions, automobiles et motocycles » qui justifient une bonne partie de la progression, partant de montants négligeables pour atteindre 31,9 M EUR. La raison en est la livraison des trois turbines de modèle « 6F » par l’usine de Belfort de General Electric (GE), en direction du chantier de centrale à gaz d’AES, côté Caraïbes. D’autres augmentations sont susceptibles d’être expliqués également par l’activité de GE, mais aussi de Schneider Electric. C’est ainsi le cas des « autres matériels électriques » (5 M EUR, multipliés par 5) et du « matériel de distribution et de commande électrique » (+338 %, 5 M EUR). La montée en régime du chantier de la ligne 2 du métro de la capitale aura probablement joué un rôle dans la progression de certaines lignes du même groupe, grâce au dispositif d’alimentation électrique des trains. La fourniture du matériel de signalisation par Thales peut avoir un rôle dans la hausse des « équipements de communication » (3,9 M EUR, +12,2 %). Le terrassement de la ligne 2, de même que l’entrée dans sa phase finale du très complexe chantier du 3ème pont sur le Canal par Vinci, sont des explications crédibles à la progression des « machines pour l’extraction et la construction » (8,4 M EUR, +25,6 %) et du « matériel de levage et de manutention » (4 M EUR, +24,9 %).

    Les données des douanes panaméennes situent les importations venant de France et destinées au marché local à un niveau historiquement élevé de 165,4 M USD. Sa hausse de 20,4 % par rapport à 2016 ne peut être attribuée au seul effet-change, qui ne s’est pas fait ressentir sur l’ensemble de l’année et dans des proportions inférieures. Les chiffres locaux enseignent par exemple que les importations de médicaments français ont dépassé 33 M USD et que celles de vaccins ont avoisiné 5 M USD. Ce constat bat en brèche l’idée selon laquelle les importantes exportations de produits pharmaceutiques, 2ème poste habituel (51,6 M EUR, -3 % selon les douanes françaises) sont vouées pour l’essentiel à la réexportation.

    Les satisfactions plus isolées du commerce extérieur au Panama en 2017 portent sur la bonne tenue, constamment observée ces dernières années, des « vins de raisin » (6,8 M EUR, +9,3 %) et des « articles de voyage, de maroquinerie, de sellerie et de bourrellerie » (4,9 M EUR, +25,6 %). Concernant ces derniers, l’existence de boutiques des grandes marques de luxe françaises (Louis Vuitton, Chanel, Hermès) sont un motif évident.

    Au chapitre des contreperformances ponctuelles, le recul de 56,7 % des « navires et structures flottantes » (4,9 M EUR) et de 29,6 % des « bateaux de plaisance » (4,1 M EUR) rappelle la grande volatilité de ces lignes, qui ont par le passé valu à nos exportations de dépasser occasionnellement le milliard d’euros, bénéficiant de l’enregistrement de navires de grande dimension sous le pavillon panaméen. Si les bateaux sont à l’origine d’une baisse générale des « matériels de transport » (-30,3 %, 13,8 M EUR), cette donnée n’occulte pas la progression intéressante des « véhicules automobiles » (3 M EUR, +31,8 %). Les « pneumatiques ; rechapage et resculptage de pneumatiques » s’effondrent de 80,5 %, pour atteindre 1,3 M EUR. Il est difficile d’en dégager une responsabilité particulière du marché domestique, les pneus pouvant être réexportés.

    La baisse de 10,7 % des « produits laitiers et fromages » (1,6 M EUR) déçoit, deux ans après en avoir débloqué les contraintes à l’importation. L’implantation d’une filiale régionale de Lactalis au Panama ne semble pas avoir répondu aux attentes, le groupe important l’essentiel de ses produits depuis ses usines étatsuniennes ou activant prioritairement les canaux d’approvisionnement de Parmalat. Les producteurs de plus petite taille n’ont pas encore porté leur intérêt sur le Panama.

    Selon les données panaméennes, ce sont 43,9 % des 376 M USD d’importations panaméennes depuis la France qui se sont dirigées au marché domestique, très au-delà des 25 à 30 % qui en sont l’estimation habituelle. Appliquée aux données des douanes françaises, cette proportion amène à 146 M EUR ce flux particulier, ce qui placerait le marché panaméen au 12ème rang parmi nos exportations en Amérique latine et de loin au 1er rang en Amérique centrale. Il resterait notre 4ème excédent commercial du continent (133 M EUR).

  2. Les produits-phares de la réexportation poursuivent leur progression, en dépit de débouchés supposés en crise

     

    Avec 211 M USD d’exportations vers la ZLC selon les douanes panaméennes, une progression de 0,4 % est enregistrée, à mettre face à la stagnation de l’activité de la zone.

    La bonne tenue des principaux produits exportés vers cette zone est dé-corrélée de la santé du marché vénézuélien (-73,3 % en direct), pourtant débouché historiquement majeur de la ZLC. Le solide résultat d’ensemble suggère par contraste une dynamique porteuse vers les marchés caribéens et centraméricains.

    Premier bien français exporté au Panama, les « parfums et produits pour la toilette » connaissent une nouvelle progression, de 6,2 %, pour s’établir à 92,8 M EUR. La principale explication en est la présence au Panama du siège régional de L’Oréal qui exploite la plateforme logistique de Colon. Par ailleurs, Bioderma et l’Espagnol Puig, qui produit en France, sont présents au Panama. Selon les douanes panaméennes, ce sont notamment 53,5 M USD de parfums, 22,2 M USD d’eaux de Cologne et 12,5 M USD de maquillages qui transitent par la ZLC pour être vendus dans la région.

    De façon tout aussi significative, les boissons alcoolisées distillées augmentent en valeur de 16,4 %, à 44,3 M EUR. A en croire les données panaméennes (53,5 M USD vers la ZLC), la très grande majorité en est destinée à la réexportation. Le 3ème groupe d’exportation vers la ZLC demeure les produits pharmaceutiques, dont une part substantielle arrive à des fins de transit (47 M USD selon les données de la ZLC).

    Cette bonne performance vers la ZLC se réalise alors que l’activité de celle-ci a stagné en 2017, après 4 années de chute très sévère. Elle replace la France au septième rang parmi les fournisseurs de la ZLC (2,29 % de part de marché), et à la première place pour ce qui est des fournisseurs européens.

  3. Nouvelle baisse des importations depuis le Panama.

     

    Le très faible appareil productif panaméen, presque nul au plan industriel, voit une nouvelle fois ses exportations vers la France diminuer (-9 %), pour arriver à 12,9 M EUR. Les « préparations et conserves à base de poisson et de produits de la pêche » augmentent de 47,2 %, à 1,9 M EUR. Les autres produits panaméens traditionnels régressent, de 4,9 % pour les fruits tropicaux et subtropicaux (862 K EUR), de 5,7 % pour les boissons alcoolisées distillées (806 K EUR), de 48,3 % pour les huiles et graisses (978 K EUR).

    L’origine des chaussures (1,6 M EUR, +36 %) et des préparations pharmaceutiques (+275,5 %, 1,2 M EUR) est susceptible d’être étrangère au Panama, témoignant de réexportation.

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La phase critique de la fourniture du matériel électromécanique de la ligne 2 du métro pourrait contribuer positivement au commerce bilatéral en 2018, bien que les trains proviennent de l’usine catalane d’Alstom (non sans une part française importante). En revanche, l’effet ponctuel de la vente des turbines de General Electric sera perdu.

 

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