Situation économique et financière du Sultanat d’Oman (mai 2018)

L'activité économique du Sultanat d’Oman a fortement souffert de la faiblesse des cours du baril de pétrole depuis la mi-2014. En 2017, la croissance a été légèrement négative (-0,3 %) en raison d’une forte contraction du PIB pétrolier (-2,8 %) et du ralentissement des activités hors hydrocarbures (+2 %) dans un contexte d'austérité budgétaire. La baisse des prix du pétrole a entraîné d’importants déficits « jumeaux » (budgétaire et courant) qui commencent certes à se résorber mais à un rythme insuffisant pour contenir la progression de la dette publique. La mise en oeuvre des réformes structurelles nécessaires à la diversification de l'économie est entravée par la lenteur du processus décisitionnel et par un climat social très dégradé (taux de chômage de 17 % d'après l'OIT).

Une activité lourdement pénalisée par la faiblesse de prix du pétrole

Alors qu’Oman avait connu une croissance annuelle moyenne supérieure à 4 % au cours du 8ème plan quinquennal (2012-16), l’activité a sensiblement fléchi à partir du 2ème semestre 2014, en lien avec la chute des prix du pétrole. Après avoir atteint +4,7 % en 2015 et +1,8 % en 2016, la croissance a été légèrement négative en 2017 (-0,3 %) compte tenu de la faiblesse persistante de la demande intérieure, contrainte par l’austérité budgétaire, et d’une production de pétrole diminuée au titre de l’accord de Vienne.

Le PIB connaîtrait en 2018 un léger rebond à +2,1 % selon le FMI, favorisé par la croissance hors hydrocarbures (+3,0 %), suivie d’une petite accélération en 2019 à 4,2 %, basée sur l’hypothèse d’une reprise de la production pétrolière, les quotas devant expirer à la fin d’année. Bien que le secteur des hydrocarbures ne compte plus aujourd’hui que pour 30,3 % du PIB, son poids dans l’économie reste prépondérant, notamment à travers leur contribution aux recettes budgétaires (71,4 % du Budget 2018) et aux exportations (61,1 % estimé en 2017). Dans ce contexte fragilisé, l’ensemble des secteurs ont pâtit du ralentissement de l’activité pétrolière. En attestent la chute des transactions immobilières (-61 % en 2017), le repli des transferts des immigrés (-6,5 % en 2016, une 1ère en 20 ans), la baisse du nombre d’immatriculations de véhicules neufs (-20,1 % en 2017) ou plus généralement la faible performance des secteurs non pétroliers, en hausse modeste de +2 % l’an passé contre +6,7 % en 2014. A cette dépendance à l’égard du pétrole se couple une dépendance commerciale vis-à-vis de la Chine, 1er client, de loin, du Sultanat avec 43,7 % des exportations et surtout 70 % des ventes de pétrole.

L’ancrage du rial omanais au dollar US a permis sur longue période de contenir le taux d’inflation, à l’exception de 2008 (+12,6 %), conséquence du « boom » des matières premières. Depuis, le taux d’inflation reste très modéré, s’établissant à +1,4 % en moyenne sur la période 2009-17. Reflet des difficultés économiques du Sultanat, les prix n’ont progressé en moyenne que de +1,6 % en g.a l’an passé. Pour 2018, le taux d’inflation devrait accélérer pour s’établir à +2,5 %, en ligne avec la reprise de l’activité hors secteur pétrolier.

Des comptes externes et publics très dégradés

Au plan externe, alors que le Sultanat dégageait sur longue période un excédent courant, le pays a enregistré en 2016 un déficit de -18,4 % du PIB qui a été ramené en 2017 à -11,5 % du PIB selon le FMI, conséquence de la remontée graduelle des cours du pétrole. Malgré des comptes externes dégradés, les réserves de la Banque centrale se sont maintenues à 18,5 Mds USD fin février 2018 (contre 17,5 Mds USD fin 2015), résultat des émissions d’obligations souveraines réalisées par les autorités depuis les deux dernières années (2,5 Mds USD en juin 2016, 1,5 Md USD en septembre 2016, 5 Mds USD en mars 2017 et 6,5 Mds USD en janvier 2018), le pays revenant sur le marché international de la dette après 17 ans d’absence. L’augmentation des réserves a permis de rassurer les marchés quant à la capacité des autorités à maintenir l’ancrage du rial au dollar tout en desserrant quelque peu les tensions apparues fin 2015 s’agissant de la liquidité.

Alors que traditionnellement le solde public dégageait un surplus, la faiblesse des cours s’est soldée par un déficit public élevé, atteignant -21,3 % du PIB en 2016 et -11,4 % l’an dernier. Le prix d’équilibre budgétaire se situe à 77,1 USD (selon le FMI), soit l’un des seuils les plus élevés de la région. Les efforts restent en effet insuffisants s’agissant de la maîtrise de la dépense publique malgré la baisse de -10,2 % provenant des coupes dans les dépenses militaires et de la mise en place de recettes non-hydrocarbures (28,6 % du Budget 2018), l’introduction de la TVA ayant été reportée à 2019 a minima (cf la note dédiée du SE ci-dessous). Dans le sillage du rehaussement des prix du pétrole, le déficit public serait ramené à -5,7 % en 2018 selon le FMI. Sur les trois premiers mois de 2018, le prix du baril de pétrole omanais exporté s’est en effet élevé à 62,9 USD (pour une hypothèse budgétaire de 50 USD sur l’année), contre 50,4 USD en moyenne au 1er trimestre 2017. Malgré tout, le déficit public devrait demeurer négatif au cours des 5 prochaines années (entre -4,9 % et -7,2 % du PIB par an), alimentant d’autant plus la dette publique. Alors que celle-ci représentait moins de 5 % du PIB en 2014, elle atteint désormais près de 45 % du PIB.

Des marges d’actions au plan des politiques économiques de plus en plus contraintes

Au plan monétaire, les difficultés induites par la faiblesse des cours des hydrocarbures se traduisent par une hausse des taux d’intérêt qui, de facto, sont étroitement liés à ceux de la Réserve fédérale américaine et suivent donc la même trajectoire haussière depuis la décision prise par la FED à la mi-décembre 2016 d’initier le processus graduel  de remontée de la fourchette des taux. La Banque centrale agit essentiellement sur la liquidité, qui, après des moments de tensions entre fin 2015 et mi-2016, s’est normalisée, dans le sillage des émissions obligataires. Dans la période récente, la Banque centrale a assoupli plusieurs contraintes macro-prudentielles dans le but de relancer le crédit bancaire et d’accroître la liquidité. Malgré cela, les difficultés de paiement demeurent régulières, freinant d’autant la bonne réalisation de projets d’infrastructures.

Au plan budgétaire, les autorités ont adopté à partir de janvier 2016 des mesures de consolidation budgétaire (réduction des subventions à l’essence, coupes dans les dépenses en capital, doublement des tarifs du gaz pour les industriels…) qui ont permis de réduire tendanciellement le déficit public. Ces mesures restent toutefois encore insuffisantes et ce alors que les subventions restantes sont reparties à la hausse en 2018 (+84 %), représentent 5,8 % du Budget et 24,2 % du déficit. Le processus d’ajustement a certes été initié mais le Sultanat n’en est qu’à ses prémices et d’importants efforts restent à accomplir pour ajuster l’économie à l’hypothèse de plus en plus probable de cours du baril volatiles à court et moyen terme.

La montée des revendications sociales sur fond de chômage élevé (17 % selon l’OIT et 50 % parmi les jeunes) freine d’autant plus les réformes structurelles. Fin octobre 2017, les autorités ont annoncé la création de 25 000 emplois en 6 mois, principalement dans le secteur privé. Dans les faits, cette mesure s’est traduite par des pressions accrues sur les entreprises pour embaucher des nationaux et une suspension (annoncée comme temporaire mais qui devrait être prolongée) de délivrance de visas de travail touchant 87 postes, principalement à qualification moyenne, couvrant une dizaine de secteurs. Cette dégradation du climat des affaires intervient malheureusement au moment où le Sultanat sollicite des investissements étrangers pour mener à bien ses projets de diversification économique.

Les réformes risquent d’être d’autant plus difficiles à mettre en œuvre pour le Sultanat qu’aux incertitudes politiques liées à la succession du Sultan (qui freinent tout processus décisionnel) s’ajoutent les éventuelles nouvelles sanctions des marchés. Alors que l’agence de notation S&P a dégradé en mai 2017 la note souveraine d’Oman en catégorie spéculative, Moody’s et Fitch, dont les notes se situent à un cran seulement de la catégorie spéculative, doivent se prononcer à leur tour d’ici la fin de l’année. De nouvelles dégradations ne manqueraient pas de rehausser sensiblement le coût d’endettement et de dégrader l’accès du Sultanat aux marchés internationaux.

Publié le