Situation économique du Gabon en 2016 - Perspectives 2017

La zone CEMAC fait face depuis plus de deux ans à de graves déséquilibres économiques nés de l’effondrement des prix du pétrole et de la baisse concomitante des réserves de change. Le creusement des déficits et la forte diminution de leurs ressources budgétaires ont ainsi décidé le Gabon et les autres Etats de la région à ouvrir à la fin de l’année dernière des négociations bilatérales avec le FMI pour mieux structurer leurs efforts d’ajustement et les accompagner vers une sortie de crise. C’est ainsi que le Fonds vient d’approuver en faveur du Gabon un accord triennal au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) pour un montant de 464,4 millions de DTS (soit environ 642 M$) à l’appui du programme de relance à moyen terme défini par les autorités. Si les perspectives de croissance pour 2017 restent amputées par l’inertie du ralentissement de l’économie, cet accord devrait permettre de détendre la situation, notamment vis-à-vis des arriérés de paiement et de remettre l’économie gabonaise sur une trajectoire de croissance plus favorable à moyen terme selon le FMI.

La poursuite de la détérioration des conditions macroéconomiques du Gabon en 2016

Malgré une dynamique extérieure soutenue se traduisant par la poursuite de la réalisation de grands projets financés par les bailleurs de fonds (chemin de fer Transgabonais), et d’importants chantiers comme les stades pour la CAN, ou la construction de routes, l’activité en 2016 est demeurée à la baisse avec un taux de croissance attendu de 2,1%, contre 2,9% en 2015.

L’essoufflement de la croissance au Gabon (5,6% en 2013, 4,3% en 2014) s’est accentué ces dernières années du fait de la diminution des prix des matières premières (pétrole, manganèse) venue réduire drastiquement les recettes budgétaires et creuser les déficits, conduisant dès lors à la nécessité d'ajuster les dépenses publiques. Ce contexte a réduit aussi la capacité du gouvernement à soutenir l'activité économique, notamment par l’investissement, et la demande intérieure en 2016 a été globalement en recul par rapport à l’année précédente.

Tableau 1 : Dépenses d’investissement 2014-2016

 

2014

2015

2016

Dépenses d’investissement

627 092

596 724

562 774

     -sur ressources propres

357 078

318 511

180 641

     -sur financement extérieurs

270 014

278 212

385 133

      Source : lois de finance 2015- 2016 – 2017 

Les recettes issues du pétrole se sont effondrées à 450 Mds FCFA environ en 2016, représentant désormais le quart environ des ressources propres de l’Etat, alors qu’elles avoisinaient, à 1 400 Mds FCFA en 2014, près de 50% des revenus. Les recettes hors pétrole, à un peu plus d’un milliard apparaissent encore loin de compenser cette chute. Malgré des progrès notables dans quelques secteurs, notamment l’agriculture et les mines à la faveur d’investissements étrangers structurants, la diversification économique ne devrait produire son plein effet au mieux que dans quelques années. Le solde budgétaire s’est ainsi creusé encore en 2016, pour s’établir à -6,6% du PIB, les comptes publics ayant connu leur premier déficit en 2015, à -2,3%.

Ces contraintes ont conduit le Gabon à se tourner davantage vers l’extérieur depuis quelques années pour assurer son financement. La dette publique a ainsi plus que doublé depuis 2012. Elle est évaluée aujourd’hui à 54% du PIB, selon le FMI, soit quelques 8 Mds$ (voire plus de 60%, arriérés inclus) et dépasse largement le plafond national d’endettement de 35%. La dette extérieure représente 42% de la dette publique et la charge financière de la dette, à 249 Mds FCFA (LFR), a progressé considérablement entre 2016 et 2017. L’accumulation importante d’arriérés de paiements sur le plan domestique constitue, par ailleurs, une source de difficultés croissantes contribuant à une forte dégradation du climat des affaires. La dette intérieure serait égale à 12% du PIB, soit 1,7 Mds$, et pèse aussi sur la situation des banques publiques. Elles doivent être restructurées, selon les recommandations du régulateur (COBAC) et sont aujourd’hui sous administration provisoire. Si elles ne font pas peser, du fait de leur taille, de risques systémiques, la restructuration de ces banques (Poste SA - BGD - Banque de l’Habitat) représente néanmoins un coût pour les finances publiques de plusieurs dizaines de Mds FCFA.

Le secteur bancaire commercial a vu, par ailleurs, sa rentabilité et la qualité de ses portefeuilles dégradées par le doublement du pourcentage de prêts non performants (10% des encours) directement entrainés par les arriérés de l’Etat à l’égard des entreprises.

Sur l’ensemble de l’année 2016, le solde de la balance commerciale du Gabon a chuté, par ailleurs, fortement (-38%) du fait notamment de la diminution en valeur des exportations (-35%). Les exportations de pétrole représentent désormais moins de 80 % des ventes à l’extérieur (86% en 2013). Le déficit de la balance courante s’est donc aggravé pour atteindre 7,3% du PIB en 2016, contre 0,6 % en 2015. Le solde déficitaire de la balance des paiements s’est creusé également à -8,2% du PIB en 2016. Les réserves officielles extérieures ont aussi fondu depuis le contre-choc pétrolier. L’IDE entrant au Gabon apparait, en outre, en nette réduction du fait notamment de la contraction des investissements pétroliers limités à des entretiens courant et de sécurité. Il s’élevait, selon la CNUCED, à 1 011 M$ en 2014 et à 623,8 M$ en 2015, les performances en 2016 ne devant pas inverser la tendance.

La détérioration continue des conditions macroéconomiques en 2016 a conduit le Gabon à ouvrir par conséquent, en début d’année, des négociations avec le FMI pour conclure un accord financier dit « Facilité Elargie de Crédit ». Ce programme vient d’être approuvé par le Fonds pour un montant de 464,4 MDTS (soit environ 642 M$, à l’appui du programme de relance à moyen terme défini par les autorités (PRE). Le Gabon avait d’ores et déjà bénéficié en début d’année 2017 d’une première aide budgétaire de la BAD décidée par ses partenaires (première tranche d’un montant de 200 M€) qui contribue à l’effort de stabilisation décidé. 

Des perspectives pour 2017 qui restent orientées à la baisse, mais l'accord FMI apporte un certain soulagement

Les perspectives de croissance pour 2017 demeurent amputées par le contexte actuel, même si l’accord conclu avec le FMI devrait permettre de détendre la situation et apporte un certain soulagement. Les prévisions actuelles de croissance pour 2017 sont de 1% et l’économie tourne au ralenti. La contrainte extérieure reste défavorable ; les prix du pétrole n’apparaissent pas stabilisés et ont connu même récemment une vague baissière. Les prix du manganèse, en revanche, sont mieux orientés, ainsi que le secteur de la forêt, avec une reprise des achats, notamment de la Chine.

La consommation publique devrait ainsi rester atone en 2017 (+0,5% en 2016), malgré un regain d’activité attendu à la faveur du démarrage de nouveaux projets financés par les bailleurs de fonds (AFD – BM – BAD). La consommation privée pourrait s’essouffler aussi, en l’absence d’une reprise franche des embauches, du fait des difficultés actuelles que connaissent les entreprises, et dans le contexte d’une poursuite des licenciements. Sa contribution à la croissance devrait être neutre. La capitale pétrolière, Port Gentil, au sud du pays est, à cet égard, sinistrée, ayant connu la fermeture de nombreuses sociétés. Il n’est pas envisagé de baisse supplémentaire de l’inflation dont le taux est estimé à 2,5%.

L’effort d’investissement du secteur non pétrolier pourrait rester en recul en 2017. L’hypothèse d’un renforcement des PPP considéré comme le segment le plus probable de renforcement de l’investissement privé, demeure encore éloignée. Les projets engagés il y a quelques années se terminent (construction d’infrastructures portuaires nouvelles - aménagement de  la zone industrielle de NKok – Institut musical Berkley) et les autres projets d’infrastructures ou d’aménagement n’ont pas encore démarrés (aéroport international – projet d’usine d’engrais). Les autorités apparaissent néanmoins mobilisées sur certains projets majeurs, en particulier dans le secteur de l’énergie (barrages).

Dans ce contexte, le plan dit « de relance économique » appuyé par la Facilité du Fonds devrait offrir des perspectives plus favorables. Préparé par le gouvernement, il se heurtera néanmoins, dans un premier temps, à la réalité des déficits et l’urgente nécessité d’apurer les arriérés. Ce plan repose sur trois piliers :

  • un assainissement budgétaire réduisant dans la mesure du possible l’impact sur la croissance et protégeant les populations vulnérables,
  • un lot de réformes structurelles pour accroître l’efficience et la transparence des dépenses publiques,
  • et des politiques destinées à renforcer la stabilité du secteur financier et la diversification économique.

Le volet budgétaire du programme vise à ramener le déficit global à 4,6% en 2017. La loi de finances 2017 consacre ainsi une nouvelle baisse des dépenses à 1 795,9 Mds FCFA (soit -17%), les dépenses d’investissement affichant une baisse plus prononcée de 30%, à 392 Mds FCFA. Les recettes prévisionnelles, à 1 858,4 Mds FCFA, diminuent également de 9%. Dans ce contexte, seul une dizaine de projets d’infrastructures prioritaires pourraient se voir budgéter dans une loi de programmation triennale 2017-2019 à venir. Une loi de finances rectificative adoptée au mois de mai prévoit une diminution supplémentaire des recettes à 1 714, 6 Mds FCFA et un ajustement des dépenses qui s’établissent désormais à 1868,6 Mds.

Le gouvernement a, en outre, entrepris d’améliorer la mobilisation des recettes non pétrolières et d’élargir l’assiette fiscale en réduisant les régimes spéciaux et les exonérations. Un office des recettes devrait, par ailleurs, voir le jour.

  

Le programme FMI va se mettre en place rapidement. Le Conseil d’administration du Fonds a ouvert, à cet égard, la voie à un décaissement immédiat de 71,43 MDTS, soit environ 98,8 M$. Ce programme devrait contribuer à rétablir le climat des affaires sérieusement dégradé, l’affectation d’une partie des aides budgétaires envisagées à l’apurement des arriérés des entreprises étant susceptible de redonner des marges de manœuvre aux acteurs économiques. La poursuite et l’achèvement des réformes en matière de gestion des finances publiques marquées par des contre-performances, devraient également avoir un impact favorable. Elles sont indissociables du programme FMI qui considère que les perspectives économiques à moyen terme demeureraient favorables.

 

 

 

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