La fédération des Emirats arabes unis et l’émirat de Dubaï dévoilent des budgets prévisionnels en déficit pour 2021.

Fin décembre 2021, le gouvernement fédéral et l’émirat de Dubaï ont adopté des budgets en baisse pour l’année 2021. Prenant en compte les conditions économiques particulières liées à la pandémie, Dubaï aligne son budget prévisionnel 2021 sur le budget réalisé en 2020, lui-même inférieur de plus de 15% au prévisionnel 2020. Le budget de la fédération diminue également, moins fortement (-5,2%) mais avec un déficit pour la première fois en 6 ans, et reste concentré sur le développement social. Il n’inclut pas les budgets des émirats de Dubaï et d’Abu Dhabi qui tiennent leurs budgets indépendamment tout en contribuant financièrement à celui de la fédération.

I. Impacté par la crise, le budget fédéral diminue en 2021

Les EAU ont été fortement impactés par la pandémie en 2020[1], poussant le Cabinet à baisser légèrement le budget fédéral pour 2021, le portant à 58,1 Md AED après un budget de 61,3 Md AED en 2020 qui marquait le plus gros budget depuis la création de la fédération. Depuis 2016, les budgets présentés par le gouvernement étaient équilibrés, ce budget 2021 fait donc exception avec un déficit prévu de -5,8 Md AED (1,3% du PIB selon le FMI). Ce budget fait partie du budget quinquennal inauguré en 2017 avec pour objectif l’amélioration du niveau de vie grâce à la hausse des dépenses dans l’éducation, la santé et la protection sociale.

Les dépenses en faveur du développement social se placent ainsi en première position dans le budget avec 26,04 Md AED (45% du budget). Annoncé comme étant la priorité du gouvernement, ce poste n’a que légèrement baissé par rapport à 2020 (-2,5%). Au sein des dépenses en faveur du développement social, 11,5 Md AED seront attribués à la protection sociale et aux aides, 9,6 Md AED pour les dépenses dans l’éducation et enfin 4,97 Md AED pour la santé.  Second poste de dépenses, les affaires gouvernementales représentent 37% du budget et s’élèvent à 21,3 Md AED soit 7,4% de moins qu’en 2020. Enfin, 8,43 Md AED seront alloués pour les projets fédéraux et les infrastructures.

Du côté des recettes, celles-ci sont estimées à 52,3 Md AED par les EAU, provenant entre autres de diverses taxes, redevances perçues sur certaines entités gouvernementales ou encore des contributions financières des émirats d’Abu Dhabi et Dubaï.

Le gouvernement fédéral a par ailleurs annoncé une émission obligataire inaugural. La rumeur d’une telle émission courrait déjà depuis 2018 à l’adoption d’une loi sur la dette. Le projet s’est accéléré l’année fin 2020 avec l’obtention d’une première notation souveraine auprès de Fitch en novembre, puis de Moody’s en décembre (respectivement AA- et Aa2)[2]. Les futures émissions n’ont toutefois pas vocation à répondre au besoin de financement du gouvernement qui devrait continuer à adopter des budgets proches de l’équilibre. Les titres libellés en AED serviront à alimenter le marché interbancaire, en fournissant un collatéral sûr pour les opérations de refinancement auprès de la Banque centrale.

 

 II. Dubaï anticipe une baisse de 18% de ses recettes en 2021 par rapport au budget initial de 2020

Dans le cadre de son budget triennal 2020-2022, Dubaï avait également annoncé un budget record pour 2020 qui s’élevait à 66,4 Md AED, anticipant un déficit de 2,4 Md AED. Le budget a toutefois été révisé suite aux impacts de la pandémie sur l’économie de l’émirat et la nouvelle version a été dévoilée sans communication explicite dans le prospectus d’une émission d’obligations islamiques (sukuk) à hauteur de 1 Md USD en septembre 2020. Le budget révisé de 2020 affiche des dépenses et des revenus inférieurs à ceux prévus initialement (respectivement 56,16 Md AED et 44,22 Md AED).

Pour 2021, le budget prévu est légèrement à la hausse par rapport au budget révisé de 2020, à 57,11 Md AED (+1,7%) mais bien inférieur au budget initial de 2020 (-14%). Le volet « infrastructures, transport et économie » constitue le premier poste de dépenses avec 23,13 Md AED alloués (40% du budget). Ce dernier bénéficie de la plus grande part du budget depuis 2017. Au second rang, le développement social qui comprend les dépenses dans la santé, l’éducation, le logement, se voit allouer 18,26 Md AED (32% du budget). Il est suivi par le poste sécurité, justice et sureté en troisième position qui bénéficiera de 12,38 Md AED. Le quatrième poste de dépenses, l’innovation, est le seul volet n’ayant pas été réduit par rapport au budget initial de 2020 avec 3,34 Md AED (contre 3,32 Md AED initialement en 2020).

Estimées à 52,31 Md AED en 2021 et en baisse de 18% par rapport au budget initial de 2020 (+18% par rapport au budget révisé de 2020), les recettes sont composées à 60% des revenus des services gouvernementaux (hors taxes)[3], soit 31,02 Md AED. Second poste de revenus, les taxes, incluant les droits de douanes et la taxation sur les banques étrangères, devraient permettre au gouvernement dubaïote de récolter 15,94 Md AED. La contribution des retours sur investissements devrait s’élever à 3,22 Md AED, relativement stable par rapport au budget initial de 2020 (3,2 Md AED) devant les recettes du secteur des hydrocarbures, évaluées à 2,13 Md AED (-44,5% par rapport au budget initial de 2020).

 

 Annexes
 
Annexe 1 : Evolution du budget de la fédération, en milliard AED
Evolution du budget des EAU
Source : Ministère des Finances 
 
Annexe 2 : Principaux postes du budget de la fédération, en milliard AED
Postes du budget des EAU
Source : Ministère des Finances
 
Annexe 3 : Evolution du budget de l'émirat de Dubaï 
Evolution du budget de l'émirat de Dubaï
Source : Département des Finances de Dubaï
 
Annexe 4 : Principaux postes du budget de l'émirat de Dubaï, en milliard AED
Postes budget de l'émirat de Dubaï
Source : Département des Finances de Dubaï 

 

[1] Le FMI estime la contraction de l’activité économique émirienne à 5,9% en 2020.

[2] Le gouvernement fédéral n’avait jusqu’à présent jamais été noté financièrement par les agences. C’est la notation de l’Emirat d’Abu Dhabi qui faisait habituellement référence.

[3] Les revenus des services gouvernementaux correspondent aux droits fonciers, frais municipaux, frais de visa, péages routiers…