Acquisition la plus importante d’une entreprise technologique israélienne après Mobileye par Intel en 2017. Mellanox est l’un des seuls fournisseurs à l’état de l’art mondial sur un marché « de niche » qui reçoit toutefois un intérêt important des grands acteurs américains dans le contexte de la course au leadership dans l’IA. Nul doute que l’écosystème israélien exploitera ce succès pour attirer encore davantage les investisseurs et acteurs étrangers.

1. L’acquisition de Mellanox par Nvidia a été annoncée le 10 mars pour un montant de 6,9 Md$ (125 $ par action, soit 14% au-dessus du cours au moment de l’annonce). Nvidia supplante ainsi d’autres acheteurs potentiels tels que les américains Intel, Microsoft ou encore Xilinx. La logique industrielle de cette opération est manifeste : les technologies d’interconnexion de Mellanox[1] et les processeurs graphiques de Nvidia, sont des briques complémentaires largement répandues au sein des architectures de calcul de haute performance (HPC). De telles architectures sont en particulier utilisées dans les datacenters effectuant des calculs complexes sur de grandes masses de données ou encore dans les domaines de la simulation et du calcul scientifique. Les deux entreprises étaient par ailleurs déjà en coopération régulière sur l’interfaçage de leurs technologies respectives. Une intégration plus poussée de ces produits permettra à Nvidia d’améliorer les performances de ses gammes de serveurs adaptés à l’intelligence artificielle, marché sur lequel l’entreprise entend jouer un rôle de premier plan. C’est cette dimension de leadership industriel dans l’IA qui domine dans l’analyse de l’opération, dans un contexte où la concurrence mondiale pour les infrastructures numériques s’intensifie.

2. Du point de vue israélien, cette opération présente deux bénéfices « indirects » importants :

  • elle va accroître significativement la présence de Nvidia en Israël, faisant entrer un nouvel investisseur significatif avec la perspective de renforcer encore son écosystème dans l’IA. L’entreprise américaine avait déjà investi de manière significative dans plusieurs startups israéliennes en vue dans ce secteur (comme Zebra Medical, dans l’analyse d’images médicales, ou Deep Instinct, dans la détection prédictive de malwares). Nvidia envisagerait en outre de déployer en Israël un centre de R&D dédié à l’IA ;
  •  elle constitue, en montant, le deuxième exit israélien[2] derrière celui de Mobileye par Intel, intervenu en mars 2017. Elle met en lumière le rôle majeur de l’écosystème israélien dans le secteur du semi-conducteur et en particulier dans les technologies matérielles nécessaires au déploiement de l’IA. L’effet attendu du point de vue de l’écosystème local est de renforcer le caractère incontournable d’Israël pour les acteurs ayant des ambitions dans ces domaines. Intel, Alibaba et d’autres géants du numérique ont ainsi pris le parti de créer des équipes dédiées à l’IA en Israël.
     
3. À l’instar de celle de Mobileye, la cession de Mellanox fournit un contre-exemple aux schémas classiques d’exits qui gouvernent l’écosystème israélien. Ceux-ci sont en effet caractérisés par une croissance très rapide des fonds levés, une acquisition précoce par un groupe étranger (la plupart du temps américain) et enfin une  bascule des effectifs hors R&D vers les États-Unis. Loin d’être encore une startup, Mellanox a été créée il y a 20 ans et a été introduite au NASDAQ il y a 12. Son fondateur, CEO et président, Eyal Waldman est un ancien officier d’infanterie ayant démarré sa carrière chez Intel avant de cofonder Galileo Technology, société qu’il quitte en 1999. Celui-ci est responsable de la stratégie d’investissement intense et continue de Mellanox en R&D, qui lui vaut de fortes critiques de la part des investisseurs dans les périodes difficiles (2002 après la bulle internet et plus récemment en 2018). Eyal Waldman refuse à l’été 2017 l’offre d’acquisition prédatrice d’Intel, pour un montant de 2,3 Md$. La nouvelle de l’acquisition par Nvidia semble ainsi récompenser la persistance du CEO de Mellanox. Cependant, les leçons de cette success story israélienne semblent difficilement généralisables : son positionnement sur un marché de niche de haute performance, avec une technologie hardware, n’est pas représentatif de la grande majorité des startups, qui sont tournées vers le software et les applications en ligne.

 

Pour mémoire, Mellanox dispose de quelques clients en France dans le domaine du HPC, en particulier Atos/Bull. Mellanox n’a pas manifesté d’intérêt pour investir en France jusqu’à présent, malgré plusieurs tentatives d’intéresser son CEO à l’écosystème tech français (rencontre avec la ministre de l’innovation et du numérique en 2016, avec l’ambassadrice début 2018).

 

[1] Qui permettent la communication très rapide de grands volumes de données entre serveurs de calcul et constituent à ce titre un facteur important de la performance globale des calculateurs de haute performance. Elle équipe plus de la moitié des 500 calculateurs les plus performants du monde (cf. https://www.top500.org/). 

[2] Mellanox étant cotée au NASDAQ et au TASE, il ne s’agit plus à proprement parler d’un exit israélien, mais au niveau opérationnel comme au niveau financier, Israël restait le centre de gravité de l’entreprise à ce jour.