L’impact de la réforme fiscale américaine sur l’attractivité d’Israël pour la R&D

L’entrée en vigueur de certains dispositifs issus du Tax Cuts and Jobs Act aux Etats-Unis pourrait avoir des conséquences importantes sur l’économie israélienne, dont le secteur de l’innovation dépend en partie des investissements réalisés par les grandes entreprises américaines. Si la diminution du taux d’imposition des sociétés aux Etats-Unis, de 35% à 21%, diminue l’avantage compétitif global qu’a acquis Israël en matière fiscale et affectera l’attractivité du pays pour la localisation de nouveaux projets d’investissement, d’autres mécanismes pourraient également avoir des conséquences dommageables pour la high-tech israélienne. Ainsi, le nouveau dispositif Base Erosion and Anti-abuse Tax (BEAT), qui cible les paiements effectués par des sociétés résidentes aux Etats-Unis à des entités liées étrangères, pourrait obliger les entreprises américaines à réintégrer dans leur assiette fiscale aux Etats-Unis la majeure partie des investissements en R&D réalisés en Israël ; le nouveau régime GILTI (Global Intangible Low Taxed Income) rend quant à lui imposable aux Etats-Unis les profits dégagés par une entreprise israélienne contrôlée par un actionnaire américain à hauteur de 10,5%, avec une déduction de 80% des impôts déjà payés à l’étranger, ce qui augmenterait donc leur taux d’imposition effectif sur les activités menées en Israël. Avi Simhon, le chef du conseil économique national auprès du bureau du premier ministre, a été chargé par Benyamin Netanyahou au début du mois de janvier de rassembler un groupe d’experts pour analyser les conséquences de la réforme fiscale américaine sur l’économie israélienne et formuler des recommandations. Le rapport pourrait proposer un renforcement du régime d’incitations fiscales (issues notamment de la loi pour l’encouragement des investissements en capital), par un assouplissement des critères d’éligibilité aux taux réduits d’imposition des bénéfices, ainsi qu’une baisse du premier palier d’incitations de 16% à 12%. Le gouvernement serait également rentré en contact avec le département du Trésor américain pour connaître les détails d’application de la réforme, les conséquences concrètes de la réforme étant susceptibles, s’agissant du cas d’Israël, d’en dépendre largement, et étudier un aménagement de la convention fiscale entre les deux pays, notamment au sujet des investissements en R&D.

Le montant réel des investissements chinois dans la tech israélienne est encore limité

chinois 

Investissements chinois dans les entreprises high-tech israéliennes (2013 – 2017)

Si les investissements chinois font depuis quelques années l’objet d’une attention particulière des observateurs de la tech israélienne, l’importance qui leur est accordée ne se reflète pas encore dans les données quantitatives observées, ainsi que le met en lumière une étude du IVC Research Center. La Chine se positionnerait encore, selon les chiffres rapportés par IVC, comme un acteur de second rang sur le marché de l’investissement high tech, derrière les Etats-Unis, voire en retrait de l’Europe et du Japon. Si le montant des investissements des entreprises et fonds chinois dans les entreprises israéliennes sont en hausse continue depuis 2013, leurs investissements directs en Israël représenteraient au plus 5% du total des investissements étrangers dans le secteur de la high-tech. En faisant abstraction du rachat de Playtika pour 4,4 Mds $ par Giant Interactive en 2016, la tendance des acquisitions est en baisse, s’établissant à 8% du total en 2015 et 3,5% en 2017 (sans inclure l’acquisition de Mobileye au dénominateur) avec seulement trois M&A enregistrées. S’agissant des levées de fonds, les investissements chinois sont en hausse continue et s’élèvent à 596 M$ en 2017, soit environ 12% du total. Enfin, après une année 2014 qui a vu les investissements chinois dans les VC israéliens atteindre un niveau record (1,3 Mds $), la tendance est aujourd’hui à la baisse (360 M$). Contrairement à d’autres pays comme les Etats-Unis dont les entreprises investissent localement en développant de nombreux centres de R&D, les chinois exerceraient en Israël une stratégie de « drain the brain », visant à se positionner sur des technologies stratégiques pour un usage principalement domestique.

Brèves de l'écosystème

  • [Investment] Le fond d’investissement du Mossad (Libertad Ventures) créé en 2017 sur le modèle du fond mis en place par la CIA, a annoncé avoir finalisé la sélection de ses premières cibles, sans pour autant divulguer les noms des startups sélectionnées. A sa création, le fond avait annoncé vouloir financer cinq entreprises israéliennes à hauteur de 10 M NIS par an.
  • [Smart mobility] Harman International Industries, acquis par Samsung en 2017, et le groupe PSA ont annoncé, à l’occasion du salon international de Genève, avoir conclu un partenariat dans le domaine de la cybersécurité pour la nouvelle génération de véhicules connectés produite par le constructeur français.
  • [Investissements] Intel Israël a bénéficié d’une nouvelle impulsion au cours des mois de février et mars. Les dirigeants ont annoncé un plan d’investissement évalué à 5 Mds $ entre 2018 et 2020 pour l’expansion du site de Kyriat Gan, son adaptation aux technologies 10nm (contre 22nm aujourd’hui) et la création de plusieurs centaines d’emplois. Le CEO d’Intel s’est également rendu en Israël dans le cadre d’une visite de deux jours au début du mois de mars, axée sur les investissements du groupe dans le secteur des véhicules autonomes. Enfin, Intel est entrée courant février au capital de Moovit, start-up israélienne d’optimisation des trajets en transports en commun, dans le cadre d’une levée de fonds de 50 M$ menée par Intel Capital.
  • [French tech] Les investisseurs français se sont positionnés sur deux levées de fonds importantes lors des dernières semaines. Orange Ventures a ainsi participé à la levée de fonds de série B de 12 M$ de l’entreprise Morphisec dans le domaine de la cyber-sécurité, et Eiffel Investments s’est positionné comme l’investisseur principal lors du tour de financement de 16 M$ de la platerforme israélienne de prêts entre usagers Blender.
  • [Evénement] La Mind the Tech Conference organisée par le media Calcalist Tech, la banque Leumi et le ministère de Jérusalem et de l’Héritage, s’est tenue à New York du 12 au 14 mars. L’événement, qui avait pour objectif de mettre en relation des start-ups israéliennes avec des investisseurs américains, a rassemblé plus de 100 start-ups israéliennes et plusieurs intervenants de haut niveau, dont Erel Margalit (Chairman de JVP), Aharon Aharon (CEO Israel Innovation Authority) ou encore James Woosley (ancien directeur de la CIA).
  • [Exit] KLA Tencor a annoncé l’acquisition du fabricant israélien de systèmes pour circuits imprimés et puces électroniques Orbotech pour un montant de 3,4 Mds $. La transaction devrait être finalisée d’ici la fin de l’année 2018, et l’ensemble de l’activité de l’entreprise et des emplois resteront en Israël sur le site de Yavne.
  • [Fundraising] Les start-ups israéliennes ont levé 500 M$ de fonds en février 2018, après un mois de janvier décevant (260 M$). La moitié des fonds levés est liée à des émissions de dette par des start-ups du domaine de la fintech, parmi lesquells Behalf (150 M$) et Pagaya (75 M$).
  • [Fundraising - fintech] La fintech israélienne Pagaya, qui utilise le machine learning et le big data pour optimiser les investissements institutionnels, a annoncé au début du mois de mars avoir levé 75 M$ de dette auprès de Citigroup, portant ses levées de capitaux à 200 M$.
  • [Fundraising - blockchain] La start-up Orbs, qui développe des solutions de blockchain « as a service », a annoncé avoir levé 106 M$ depuis sa création en mai 2017, auprès de plusieurs investisseurs individuels et partenaires stratégiques. L’objectif de l’entreprise est d’atteindre 133 M$ de fonds levés.
  • [Fundraising - cyber] BioCatch, start-up qui utilise des données biométriques comportementales pour prévenir les cyberattaques, a annoncé avoir complété une levée de fonds de série B de 30 M$, portant son total de fonds levés à 41 M$.
  • [Fundraising - cyber] La start-up CyberX, qui développe notamment des solutions de cybersécurité pour les industriels des secteurs énergétiques et pharmaceutiques, a annoncé avoir complété une levée de fonds de série B de 18 M$ fin février, portant son total de fonds levés à 30 M$, afin d’étendre son activité aux Etats-Unis et en Europe et de recruter de nouveaux employés.
  • [Fundraising - medtech] La medtech Medial EarlySign, qui développe des solutions de gestion des patients basées sur le machine learning, a annoncé la clôture d’une levée de fonds 30 M$, portant le total de fonds levés à 50 M$. Le montant sera investi dans l’expansion de la recherche clinique et le développement international de l’entreprise.
  • [Fundraising - medtech] La medtech Nucleai, qui développe une solution de détection du cancer basée sur l’intelligence artificielle, a levé 5 M$ de seed-investment dans le cadre d’une levée de fonds menée par Vertex Ventures et Grove Ventures Capital.