Malgré une reprise en 2011 des flux d’IDE vers la Turquie, ceux-ci très inférieurs à la période faste 2006-2008 n’apportent qu’une contribution limitée au financement du déficit des paiements courants.
La France, qui fait partie des six premiers investisseurs en Turquie pourrait participer au nécessaire programme de transferts au secteur privé de la construction et gestion des équipements publics, et ainsi accroître son niveau d’IDE dans le pays.
Après avoir affiché tout au long des années 90 et même au début des années 2000 une attractivité médiocre (apport annuel moyen d’IDE de l’ordre d’un milliard de dollars), la Turquie a bénéficié, à partir de 2005, d’un retournement de situation spectaculaire : les flux accueillis en 2005 se sont élevés à 10 Mds USD et ce montant a doublé en 2006, avec un peu plus de 20 Mds USD. Les IDE ont culminé, en valeur absolue, à 22 Mds USD en 2007. La crise financière internationale et l’essoufflement du processus de privatisation ont toutefois entraîné un renversement de tendance : les flux d’IDE vers la Turquie ont commencé à diminuer à partir de septembre 2008 et ont atteint 19,5 Mds USD en 2008 avant de passer à 8,4 Mds USD en 2009 et à 9 Mds USD en 2010.
En 2011, la situation a été bien meilleure qu’en 2010 : les flux d’IDE vers la Turquie s’établissent à 15,7 Mds USD, soit une hausse de 75% par rapport à l’exercice précédent.
Les pays de l’Union européenne ont généré 78% des flux de capitaux investis en 2011.
Les investissements réalisés par les 3 premiers investisseurs (Espagne, Autriche et Pays-Bas) représentent environ 40% des flux entrants en Turquie tout au long de l’année 2011. La France occupe le 7ème rang des investisseurs étrangers en termes de flux avec 985 MUSD.
Malgré la reprise économique soutenue depuis le début de l’année 2010, les flux d’IDE demeurent toujours bien en-dessous de leurs niveaux d’avant la crise financière et représentent 2% du PIB estimé pour fin 2011.
En 2011, les flux d’IDE se sont concentrés sur les secteurs suivants : Secteur financier (6 Mds USD), Energie et privatisation de réseaux (5,5 Mds USD) et Immobilier (2 Mds USD).
Les principales opérations auront été concentrées sur des acquisitions et non sur des « greenfield » :
- Genel Enerji par le groupe britannique Vallares ;
- Mey Içki (fabricant de boissons alcoolisées) par le groupe Diageo (UK);
- 75% d’Acibadem par l’américain Integrated Healthcare;
- paiements en 2011 relatifs au rachat de 25% de Garanti Bank par BBVA (Espagne) ;
- investissement du groupe autrichien OMV dans Petrol Ofisi.
Outre le fait que les flux d’IDE en 2011 en Turquie ne concernent que peu d’investissements « greenfield » et donc ont une influence faible sur l’emploi, il est surtout à considérer qu’ils ne couvrent que 20,5% du déficit record des opérations courantes (77 Mds USD). Ce dernier reste en grande partie financé par des investissements de portefeuille qui sont de nature instable, volatile et très dépendante de la conjoncture extérieure.
Alors que la Turquie a connu au cours des dernières années une croissance forte, lui permettant d’accéder au 17ème rang mondial en termes de PIB, le stock d’investissement direct étranger qui atteignait 180 Mds USD fin 2010, ne plaçait la Turquie, selon le rapport annuel de la CNUCED qu’au 23ème rang mondial en termes de stocks d’investissements. Ce stock d’IDE en Turquie qui représente environ 25% du PIB national correspond seulement à 1% du stock mondial d’investissements. La Turquie reste loin derrière des pays comme le Brésil, la Russie ou encore le Mexique.
L’Europe, grâce à sa proximité géographique et à l’étroitesse de ses liens commerciaux, est le premier investisseur direct en Turquie : 79% du stock d’investissement (142 Mds USD) sont ainsi réalisés par les pays européens.
Notre pays occupe, fin 2010 et en termes de stocks, le 6ème rang des investisseurs étrangers en Turquie avec 10,3 Mds USD, derrière les Pays-Bas (38,2 Mds USD), l’Allemagne (17,4 Mds USD), les Etats-Unis (15,2 Mds USD), le Royaume-Uni (14,5 Mds USD) et le Luxembourg (12,6 Mds USD). Le stock d’investissements français représente 5,7% du stock global d’IDE en Turquie et 7,2% du stock européen.
Près de 400 entreprises françaises, dont plus de la moitié des entreprises du CAC 40, sont présentes en Turquie et emploient 100.000 personnes. Ces investissements, très variés (banque, assurance, grande distribution, transports, énergie…), sont le plus souvent des investissements de production, voire de haute technologie (Alstom à Gebze, Renault à Bursa…).
Toutes les grandes entreprises françaises sont présentes en Turquie, avec une mention particulière pour le secteur automobile (Renault, Peugeot, Renault Trucks et les sous-traitants Valeo, Faurecia). Hors secteur automobile, la présence industrielle française en Turquie est diversifiée : Sanofi-Aventis Schneider, Legrand, Alstom (transformateurs électriques), Ciments Vicat, Saint-Gobain, Lafarge... Dans le domaine de la vie quotidienne, la présence de plusieurs marques ou enseignes, occupant parfois une position dominante (Carrefour, Darty, Décathlon, Danone, Fromageries Bel, L’Oréal, stations de service Total), assure une visibilité tangible à l’image commerciale de la France.
La présence française est très significative dans le domaine des services bancaires et financiers avec notamment Axa qui est la première compagnie d’assurances turque en termes de collecte de primes, Groupama, BNP Paribas… Les entreprises françaises ont aussi renforcé leur présence dans le secteur énergétique : GDF Suez, EDF Energies Nouvelles qui a pris une participation de 50% dans le capital de la société Polat Enerji, l’un des principaux développeurs éoliens en Turquie. Toujours dans le domaine éolien, on note l’implantation récente des opérateurs Eole-RES et Akkuo Energie.
Ainsi, cette présence française en Turquie est totalement multiforme et surtout ne reste pas cantonner à des opérations commerciales. Deux exemples spectaculaires illustrent la forte valeur ajoutée de la production française en Turquie : Renault qui est la première entreprise exportatrice du pays, a commencé à produire à Bursa (Ouest de la Turquie) sa première berline électrique (5 places), Alstom possède à Gebze sa plus moderne usine au monde de transformateurs électriques.
Les exemples pourraient être multipliés à l’infini. Ce qu’il convient de rappeler, c’est que ce sont le plus souvent des partenariats avec des entreprises turques dans des domaines de haut savoir-faire. Il s’agit sans doute aujourd’hui d’étendre cette présence aux « utilities » où les entreprises françaises ont un savoir-faire largement reconnu dans le monde dans ces domaines.
La poursuite de l’important programme de privatisation par les autorités turques : autoroutes, ponts sur le Bosphore, port d’Izmir, centrales électriques (tous les appels d’offres sont attribués mais les procédures ne sont pas encore finalisées), part de l’Etat dans Turkish Airlines, dans Türk Telekom…pourrait permettre aux entreprises françaises une nouvelle vague d’investissements en Turquie sans oublier une mise en vente des parts de TAV (aéroports) ni d’éventuelles participations au programme nucléaire turc.
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