Après deux années de crise politique, l’économie malgache a trouvé un point d’équilibre qui peut difficilement être durable. Les dépenses et l’investissement sont réduits au minimum et dépendent désormais des recettes exceptionnelles non fiscales, qu’il faut obtenir en échange de concessions (mines, infrastructures, entrée au capital d’entreprise stratégiques..). Le gouvernement de Transition semble hésiter à s’engager dans cette voie hasardeuse et souhaite le retour des bailleurs traditionnels. Dans ce contexte tendu, les difficultés intrinsèques du pays - pauvreté, mauvaise gouvernance, insuffisance des infrastructures, tissu industriel peu développé, prix de l’énergie, etc. - obèrent la compétitivité des entreprises qui repose essentiellement sur la qualité de la main d’œuvre, autant que son coût parmi les plus bas au monde. A Madagascar, la France joue le rôle de pilier économique, premier acheteur, 3ème fournisseur, un des principaux investisseurs, mais sa part s’effrite au profit de l’Asie. Au plan économique, les grands enjeux sont principalement du côté de Madagascar qui a besoin de la France pour se développer. Les entreprises françaises, réunionnaises et mahoraises considèrent Madagascar comme un marché naturel, et veulent être présentes pour profiter de ses ressources et accompagner son développement.
1. Situation générale
Madagascar figure parmi les pays les plus pauvres du monde, en 143ème position sur 177 pays classés selon l'Indicateur de Développement Humain. En 2011, la population est estimée à environ19,9 M d’habitants, en croissance de +2,8%/an.
Le pays avait connu une croissance économique quasi ininterrompue depuis 1995 (exception faite de 2002), avec un pic en 2008 (+7,1%). Les principaux moteurs étaient les deux grands projets miniers – Sherritt/Ambatovy et QMM/Rio Tinto - le BTP et les services. La crise politique malgache et la crise mondiale ont changé la donne avec un recul de -5% du PIB en 2009 et une stagnation en 2010 (+0,6%). La plupart des secteurs économiques sont touchés, qu’ils soient tournés vers l’exportation ou le marché intérieur. A contrario, les projets miniers continuent de fonctionner quasi normalement, soutenus par une demande à long terme, le tourisme se relance progressivement sans avoir encore retrouvé le niveau de 2008, et le secteur textile, presqu’exclusivement tourné vers l’Europe, profite de l’arrivée de commandes retirées à certains sous-traitants d’Afrique du Nord après avoir subi la perte des commandes américaines en lien avec la suspension de l’Agoa.
2. Répartition géographique des échanges commerciaux.
L’Union Européenne s’adjuge la place de premier client de Madagascar en absorbant 52,3% des exportations nationales dont 32,8% pour la France. Elle est aussi le troisième fournisseur (13,5%) derrière l’Asie et le Proche et Moyen-Orient (17,3%) qui assure l’approvisionnement en hydrocarbures (Bahreïn + Koweit).
Au fil des années, le pays a progressivement redistribué ses importations au profit de l’Asie qui en fournit désormais un tiers dont 16,3% pour le monde chinois (Chine+HK+Taiwan), 7,7% pour l’ASEAN, 4,1% pour l’ensemble Japon-Corée du Sud et 5,6% pour l’Asie du Sud (Inde+Pakistan) dont la part croît tendanciellement. Le rôle des importantes communautés installées à Madagascar, issues de ces différentes nations, favorise logiquement leurs relations commerciales. Cette région compose le second client de Madagascar avec 14,2% de parts.
3. Des échanges commerciaux denses et diversifiés avec la France.
La France concentre 14,1% du commerce extérieur malgache (I+E) ce qui a représente 495,8 M€ en 2010. Les statistiques montrent une grande stabilité de la relation. Le déficit français se contracte depuis 2002 pour atteindre son plus bas (-28,4 M€) en 2010. La France reste, de loin, le premier client historique en absorbant 32,8% des exportations malgaches, et son troisième fournisseur avec une part de 7,4%. Pendant la crise, la stabilité des importations françaises a été un solide soutien.
Les exportations françaises vers Madagascar concernent presque tous les secteurs sauf énergie. A contrario, les importations françaises sont concentrées sur deux familles de produits à faible valeur ajoutée qui cumulent 93% des montants : produits agricoles/agroalimentaires (crevettes, poissons, café, thé, cacao, vanille, épices, condiments, etc.) et textile.
4. Une forte présence française, diversifiée, et parfaitement intégrée.
Madagascar a réalisé une mauvaise année 2009 au plan de l’investissement direct étranger, résumée en une chute de -48% du flux entrant d’IDE (543 M$). Il s’agit d’une performance très en retrait par rapport à la moyenne africaine (-19%), à celle des 49 PMA (-14%), ou à la tendance mondiale (-39%). Ce résultat est essentiellement imputable au ralentissement de l’activité du seul projet de grande envergure en construction : exploitation d’un vaste gisement de nickel-cobalt par Sherritt/Sumitomo/Kores/Snc Lavalin dont la production devrait démarrer en fin 2011 après un investissement de 4,5 Mds$. Par ailleurs, les investissements non miniers représentent 17,5% du total et ont nettement ralenti.
La France figure au 5ème rang des investisseurs. Hors minier, la France est le premier investisseur avec une forte intégration au tissu local et une répartition géographique et sectorielle complète. Elle joue un rôle moteur en s’appuyant sur 25 000 Français installés de longue date avec des liens familiaux et d’amitié, 143 filiales, 650 entreprises de plus de 50 employés./.
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