BILAN 2011 ET PERSPECTIVES 2012 DE L’ECONOMIE BRESILIENNE
L’année 2011 a été scindée en deux phases bien distinctes au Brésil : une phase de lutte contre la surchauffe économique au premier semestre après une année 2010 euphorique (croissance de 7,5 % du PIB) et une phase de lutte contre le ralentissement économique lié aux mesures du premier semestre dont l’effet a été amplifié par la crise de la dette en Europe et le ralentissement de la croissance économique mondiale. Le chiffre définitif de la croissance du PIB au Brésil pour 2011 devrait se situer au niveau relativement modeste de 2,8%.
1/ La difficile maitrise de l’inflation
Le dérapage de l’inflation en début d’année 2011 a été finalement maîtrisé par une politique monétaire plus stricte, avec une hausse progressive du taux directeur de la Banque Centrale jusqu’à 12,5 % au premier semestre, et par le ralentissement de la croissance économique mondiale. Contre toute attente, cette politique monétaire a été inversée fin août 2011 par la Banque Centrale qui a baissé en 3 fois son taux directeur à 11 % pour faire face aux effets des turbulences économiques mondiales qui ont effectivement touché le Brésil (croissance nulle au 3ème trimestre par rapport au trimestre précédent). L’inflation s’est détendue au deuxième semestre et a été de 6,5 % en 2011, dans la limite haute de la cible gouvernementale. Les tensions inflationnistes devraient persister en 2012, avec l’indexation des salaires et la situation du marché du travail, le Brésil étant en situation de plein emploi.
2/ Une gestion budgétaire orthodoxe mais qui freine l’investissement public
Les bonnes rentrées fiscales ont permis de réaliser l’objectif d’excédent budgétaire primaire de 3,1 % en 2011. La politique budgétaire a été maîtrisée mais les économies ont été réalisées en partie au détriment de l’investissement, en raison de la difficulté de réduire les dépenses courantes. L’année 2012 présente des risques, en raison des élections municipales et de la hausse du salaire minimum indexé sur le PIB de l’année N-2 et l’inflation de l’année N-1, soit près de 14% au total. Or 25% des dépenses fédérales sont indexées sur le salaire minimum.
Le caractère relativement déficient des infrastructures brésiliennes (routes en mauvais état, réseau ferré insuffisant, capacités portuaires et aéroportuaires saturées) constitue un goulet d’étranglement pour l’économie, limitant la croissance potentielle. Compte tenu des besoins à venir particulièrement élevés avec la coupe du monde de football et les Jeux Olympiques, le gouvernement associe le secteur privé à l’investissement public et développe pour ce faire le système des concessions, ce qui crée des opportunités intéressantes pour les sociétés françaises.
3/ Une volonté de contrôle de la volatilité du Réal
Au premier semestre 2011, le rebond des flux de capitaux, alimenté notamment par une liquidité mondiale abondante et des différentiels de taux d’intérêt élevés, ont accentué la pression à l’appréciation du Real. Au cours du deuxième semestre, la tendance s’est inversée avec une réduction forte de l’entrée des capitaux spéculatifs (carry trade) sous l’effet des mesures de taxation mises en place par les autorités brésiliennes et d’un retour vers les valeurs refuges lors de l’aggravation de la crise de la dette européenne. Le Réal s’est alors déprécié face au dollar (perdant jusqu’à 20 % de sa valeur en septembre). Avec la normalisation des marchés financiers et le retour des capitaux spéculatifs, le Réal est reparti à la hausse début 2012. L’expérience récente montre clairement que les autorités brésiliennes interviennent pour limiter la volatilité du Réal à la hausse comme à la baisse, comme s’il y avait un tunnel implicite entre 1,90 et 1,70 Réal pour un dollar. Le Brésil dispose de réserves de change confortables pour ces interventions (350 Mds USD).
Le gouvernement brésilien est particulièrement attentif à la hausse du Réal, l’industrie locale souffrant de problèmes de compétitivité sur les marchés d’exportation mais aussi sur le marché interne (concurrence asiatique).
4/ Une montée en puissance des protections de l’industrie brésilienne
L’année 2011 a été marquée par l’adoption d’un certain nombre de mesures de protection, au titre d’une priorité assumée de défense du marché intérieur et de soutien de l’industrie brésilienne. Les plus caractéristiques ont été les suivantes :
L’annonce le 15 septembre de l’augmentation de 30 points de l’IPI (impôt sur les produits industrialisés) sur les voitures et camions commercialisés au Brésil dont le taux d’intégration nationale (part locale) n’atteint pas un seuil fixé à 65%. La mesure est entrée en vigueur le 16 décembre ;
La MP 544 du 29/09/11 définit de nouvelles mesures de préférence nationale pour les acquisitions dans le secteur de la défense, les entreprises brésiliennes désireuses de participer devant répondre à deux critères principaux : 60% de capitaux nationaux et 2/3 des membres du conseil d’administration constitués de ressortissants brésiliens ;
L’adoption par les membres du Mercosul le 21 décembre dernier d’un mécanisme complémentaire à la liste des exceptions du TEC (tarif extérieur commun) permettant aux membres d’élever le droit de douane pour un certain nombre de produits (100 pour le Brésil et l’Argentine, 200 à 300 pour l’Uruguay et le Paraguay).
5/ Le Brésil se positionne pour devenir un grand pays pétrolier et les sociétés françaises s’activent
La production brésilienne de pétrole et de gaz, qui est actuellement de 2,5 millions de barils jours devrait passer à 5 ou 6 millions en 2020, ce qui représente des investissements de 224 milliards de dollars en cinq ans pour le grand opérateur brésilien Petrobras, Le fait que le Brésil soit sur le point de devenir un des six principaux pays pétroliers, au même rang que le Koweït ou les Emirats Arabes Unis n’est pas encore tout à fait assimilé, de même que le savoir-faire du groupe brésilien Petrobras dans l’off-shore très profond, technologie qu’il est pratiquement seul à partager avec Shell dans le monde. Les principales sociétés du secteur pétrolier et parapétrolier français s’activent donc fortement au Brésil et entourent Petrobras qui, à la demande du gouvernement, impose de plus en plus de contenu local. C’est le cas de groupes comme Technip en particulier, mais aussi de Total, CGG Veritas, Bourbon, Sodexo, Vallourec, Schneider Electric, Eurocopter etc. qui ont anticipé l’émergence de ce centre d’excellence mondial de l’off-shore très profond en se positionnant bien en amont.
6/ Perspectives pour 2012
L’inquiétude principale des autorités brésiliennes est la transmission de la crise européenne via la raréfaction et le renchérissement du crédit en devises auquel il est largement fait appel dans ce pays face au coût des emprunts en Réais. Le Brésil a besoin par ailleurs des investissements étrangers pour équilibrer sa balance des paiements. Une autre crainte concerne le fait que l’Europe compte plus que la Chine ou que les Etats Unis en tant que débouché à l’exportation pour le Brésil. Enfin, une baisse de la croissance mondiale et du cours des matières premières affecterait directement l’économie brésilienne.
Les autorités brésiliennes qui ont commencé à prendre des mesures préventives susceptibles de relancer l’économie en 2011 (réduction du taux directeur, encouragement du crédit à la consommation, mise à disposition de lignes de crédit contra-cycliques auprès des banques publiques pour soutenir les entreprises qui peinent à obtenir des fonds sur les marchés financiers, série de mesures fiscales pour soutenir l’activité dans les domaines de l’électroménager, du BTP/logement social, de l’exportation, etc) pourraient aussi mettre en place un plan de relance budgétaire cette année si la situation venait à s’aggraver.
Début mars 2011, les économistes tablent sur une croissance de 3,5 % du PIB brésilien en 2012.
L’enjeu économique fondamental pour le Brésil réside dans l’augmentation de sa croissance potentielle qui reste aujourd’hui de 3 à 3,5 % et qui ne pourra se faire qu’avec des réformes structurelles (fiscalité, réforme des retraites, de l’enseignement) et des investissements importants en infrastructures.
Louis-Michel MORRIS
Chef du service économique de l’ambassade de France au Brésil
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