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Cambodge - Laos: le développement à l'énergie.

Au Cambodge comme au Laos l’énergie demeure la clé du développement économique. Ce constat constitue d’ailleurs le seul point commun des deux pays les moins peuplés de la Péninsule - hors Singapour - leur potentiel énergétique respectif induisant la mise en œuvre de stratégies nécessairement différentes.

Au Laos la production d’électricité est, avant tout, une source de revenus à l’export. Au Cambodge, elle vise à rattraper un retard qui pénalise sérieusement le pays, en particulier au regard des investisseurs étrangers qu’inquiètent le coût du KWh et les carences techniques du réseau national.

Electricité : la pile laotienne monte en régime, retard à l’allumage au Cambodge.

La production et l’exportation d’électricité sont en train de devenir, littéralement, le principal moteur de l’économie laotienne. Le rythme de développement de la filière hydro-électrique – 17 barrages en activité, 23 en développement – devrait porter la capacité de production installée du pays de 2500 MW à 12 000 MW en 2020, date à laquelle 90% des foyers laotiens seront alimentés (70% aujourd’hui).

Les trois quarts de l’électricité produite au Laos en 2011 ont été exportés, essentiellement vers la Thaïlande (7800 GWh) grâce à la puissance du barrage de Nam Theun 2, construit par EDF et dont la capacité devrait être prochainement portée de 1100 à 1500 MW. Le barrage est exploité par Nam Theun Power Corporation (NTPC), joint-venture formée par EDF (40%), le Thaïlandais EGCO (35%) et LHSE, émanation du gouvernement laotien (25%).

A partir de 2013, le Laos commencera à exporter son électricité vers la Chine et le Vietnam à un prix ne dépassant pas 6 cents / KWh. Dès 2015, les rentrées fiscales dégagées par la filière hydro-électrique dépasseront celles qui proviennent des activités minières.

Le vice-ministre de l’énergie laotien résumait avec bon sens, en avril dernier, l’importance croissante des exportations d’électricité dans le développement de son pays : « D’une part nous sommes entourés d’économies puissantes dont les besoins en énergie sont pratiquement illimités ; d’autre part notre capacité installée devrait quintupler à l’horizon 2020 tandis que notre consommation intérieure, dans le meilleur des cas, ne saurait faire plus que doubler ».

En dépit de la controverse résultant du projet de construction d’un barrage sur le cours principal du Mékong, à Xayaburi, le secteur hydraulique demeurera, sans aucun doute possible, la pierre angulaire de la stratégie de développement du Laos à moyen et long terme. Afin d’accompagner ce développement, la BAsD et la Banque Mondiale financeront au cours des trois années qui viennent de nombreux investissements dans le domaine des transmissions, permettant de réaliser l’interconnexion complète du réseau laotien à l’horizon 2015. 

Les entreprises françaises participent largement au mouvement en cours, puisqu’en dehors d’EDF, l’investisseur privé Velcan est engagé dans deux projets de barrage pour un total de 110 MW, tandis que la Compagnie Générale du Rhône et Glow, filiale thaïlandaise de GDF-SUEZ, négocient avec le gouvernement laotien de nouvelles licences et fournissent des services d’ingénieries à plusieurs acteurs majeurs du secteur.

Au Cambodge, en revanche, le développement de la filière électrique est moins une fin en soi qu’une absolue nécessité. A court terme, son sous-développement constitue le principal goulet d’étranglement d’une économie par ailleurs dynamique (+7% de croissance en 2011). Avec une consommation de 3000 GWh pour une capacité installée inférieur à 600 MW, le Cambodge est contraint d’importer au prix fort une portion importante de son électricité, essentiellement du Vietnam.

Deux cambodgiens sur dix sont aujourd’hui reliés au réseau national de distribution d’électricité, trois sur dix ayant accès au courant par le truchement de générateurs au fuel. Pour les premiers, le prix de ce privilège oscille entre 25 et 30 cents le KWh (19 cents pour les entreprises industrielles). Pour les seconds, le prix du Kwh dépasse généralement les 50 cents et atteint parfois le montant exorbitant de 90 cents, en particulier dans le nord du pays. Enfin, en Juin 2012 la moitié des Cambodgiens demeure privée d’électricité.

Le marché cambodgien des générateurs diesel se porte d’autant mieux que la plupart des administrations, des entreprises privées, des ensembles résidentiels et des commerces sont contraints de s’équiper pour faire face aux ruptures quotidiennes de courant. Ces coupures sont d’autant plus fréquentes et longues que l’insuffisance des infrastructures est aggravée par le défaut de formation des techniciens de la compagnie nationale EDC (Electricité Du Cambodge).

Dans ce contexte, le gouvernement Hun Sen a décidé, depuis 2008, de mettre les bouchées doubles avec la construction de deux centrales au charbon – partenaires thaïlandais et chinois – et 6 barrages hydro-électriques, dont cinq construits et exploités par des entreprises chinoises sur financement de l’EximBank de Pékin. Ces projets devraient permettre au pays de faire passer sa capacité installée de 600 MW (2011) à 1650 MW en 2017 et 2500 MW en 2020.

Hydrocarbures : un secteur d’avenir, destiné à le rester ?

Au Laos comme au Cambodge, la quasi-totalité des produits pétroliers est importée et affecte sérieusement les comptes extérieurs : 600 et 800 MUSD d’importations, respectivement, en 2011. Au Cambodge le volume des importations d’hydrocarbures a plus que doublé en 2011. Encore ne s’agit-il là que des statistiques officielles, une part importante du carburant franchissant illégalement les frontières des deux pays qui ont connu au cours des deux dernières années une augmentation des prix à la pompe de 18 à 19% (entre 1,2 et 1,4 USD / litre).

Or, si Vientiane n’a d’autre solution que de compenser le coût des importations d’hydrocarbures par celui des exportations d’électricité, ce qui devrait être le cas dès 2012, Phnom Penh caresse l’espoir de démarrer, dans un proche avenir, l’exploitation de réserves en hydrocarbures que les professionnels du secteur estiment importantes. Deux blocs offshore prometteurs, l’un pétrolier, l’autre gazier, ont été identifiés au large des côtes cambodgiennes.

Malheureusement, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres. Alors que l’exploitation du bloc pétrolier achoppe depuis dix ans sur les négociations difficiles avec le groupe Chevron – que l’on dit près de jeter l’éponge – l’exploration du gisement gazier situé aux confins des zones économiques exclusives de la Thaïlande et du Cambodge, promise à TOTAL, dépend de l’aboutissement des négociations engagées entre Bangkok et Phnom Penh.

Empoisonnées par le conflit frontalier de Preah Vihear, au sujet duquel le Cambodge a demandé en 2011 une nouvelle interprétation à la Cour Internationale de Justice, ces discussions pourraient être longues en dépit de l’intérêt évident des deux parties à avancer.

La majorité des observateurs estime que la résolution du problème posé résultera moins des subtilités du droit de la mer que de l’évolution prochaine du rapport de force politique en Thaïlande. Pour cette dernière, qui importe à un prix élevé de grandes quantités de gaz liquéfié, la nécessité de parvenir aussi rapidement que possible à un accord est, pourtant, tout aussi impérieuse que pour le Cambodge, où le prix des hydrocarbures demeure, avec les questions foncières, l’un des rares facteurs d’agitation sociale.

La parution régulière, à Bangkok, d’articles de presse et interviews soulignant ces enjeux, semble indiquer que le gouvernement et les industriels thaïlandais appellent de leurs vœux une accélération du calendrier des négociations avec les autorités cambodgiennes sur la délimitation des zones économiques exclusives. En revanche, personne à Bangkok ne parait aujourd’hui disposé à entamer ces discussions sur la base, préconisée par le Cambodge, d’une répartition « à 50/50 » du bloc gazier concerné.

L’incapacité du gouvernement cambodgien, après plusieurs années de négociation, à parvenir à un accord avec Chevron, dont le bloc d’exploration ne pose pas de problème de délimitation territoriale, est d’une certaine manière plus inquiétant. Officiellement, les négociations achoppent sur des questions fiscales, mais le pétrolier américain, pourtant rompu à ce type de discussions, laisse entendre que la récurrence des surenchères des autorités cambodgiennes chaque fois qu’un accord semble à portée de main pourrait le conduire à abandonner définitivement le projet.

Energies renouvelables : au-delà du politiquement correct.

Au Cambodge et au Laos, le développement des énergies alternatives privilégie deux options technologiques : la filière photovoltaïque et la valorisation de la biomasse.

Le premier fait l’objet de multiples initiatives privées dont l’une, conduite par TOTAL et le consultant français IED, a permis d’équiper douze mille foyers cambodgiens, dépourvus d’accès à l’électricité, de petits panneaux solaires procurant 5 à 6 heures d’alimentation par jour pour une facture mensuelle moyenne de 6,4 USD / foyer.

La seconde, prometteuse compte tenu du potentiel rizicole du pays, consiste en l’utilisation des cosses de riz pour faire fonctionner des générateurs suffisant à l’alimentation d’un village. Les Etats-Unis, par l’intermédiaire de leur agence de coopération USAID, ont annoncé qu’ils investiraient sur ce segment des montants significatifs dans les 5 ans qui viennent, au Cambodge, au Laos et en Birmanie.

Ces deux technologies présentent, dans le contexte du Cambodge, plusieurs avantages majeurs : utilisation de ressources naturelles abondantes sinon illimitées, facilité d’installation dans les zones les plus inaccessibles du pays, coût d’exploitation limité, maintenance minimale, impact négligeable sur l’environnement, facilité d’utilisation.

Ces initiatives bénéficient d’un appui sans réserve des autorités laotiennes et cambodgiennes qui se sont, dans le cadre des objectifs adoptés par l’ASEAN, engagées à porter à 15% la part des énergies renouvelables – hors hydro – dans leur production énergétique avant le 31 décembre 2015. Le gouvernement cambodgien s’est également engagé à permettre à tous les villages du pays l’accès à une forme d’électricité, quelle qu’elle soit, à l’horizon 2020.

*

L’évolution des économies laotienne et cambodgienne à l’horizon 2020 dépendra, en grande partie, de la réponse apportée par les gouvernants de ces deux pays à l’exigence d’une approche régionale, et non bilatérale, des enjeux énergétiques.

D’une part, l’emprise de la Chine et de la Thaïlande sur l’immense majorité des projets de génération d’électricité, tant au Laos qu’au Cambodge, affaiblit la capacité de ces derniers à maîtriser les conditions de leur développement et à définir leurs priorités. La part des nouveaux projets de centrales thermiques et hydro-électriques dévolue à l’exportation d’électricité vers ces puissants voisins, compréhensible d’un point de vue financier, frise l’aberration sur le plan du développement local, en particulier au Cambodge.

D’autre part, l’impasse dans laquelle se sont engagés, dans des registres différents, le projet de construction d’un barrage sur le cours principal du Mékong au Laos et celui de l’exploration d’hydrocarbures au Cambodge démontrent la nécessité de réunir, sur ces questions, un véritable consensus régional. Il appartient désormais aux dirigeants politiques de la Péninsule de décider de faire du secteur énergétique l’un des piliers de l’intégration régionale … ou une pomme de discorde.


Publié le 11/07/2012
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