La reprise se confirme, début 2011, encore dépendante, toutefois, de la reprise européenne, à un moment où l’intervention du Fonds monétaire s’étend dans l’Union (Grèce, Irlande, assistance technique au Portugal) comme dans la région (Macédoine, Roumanie,…). Pour la Bulgarie, la période s’analyse aussi comme une transition entre deux « modèles » de croissance, transition inachevée malgré le redressement de la balance des comptes courants au prix de l’atonie de la demande intérieure depuis deux ans. Le Gouvernement bulgare affiche des orientations européennes volontaristes: adhésion récente au Pacte pour l’euro, meilleure allocation et absorption des fonds structurels. Ces derniers représentent bien un « plan de relance » pour l’économie bulgare, occasion d’améliorer ses infrastructures, mais une reprise plus solide dépendra aussi de la compétitivité du site productif, seule de nature à mobiliser les capitaux privés dont la Bulgarie a besoin.
1. La reprise encore limitée aux exportations
Le FMI vient de réviser l’ampleur de la récession qui a touché le pays en 2009. Le PIB aurait chuté de 5,5 % (4,9 % précédemment), contraction comparable à la moyenne régionale. Selon l’Institut des statistiques (chiffres corrigés, CVS), la croissance était de retour dès le second trimestre 2010 (en glissement trimestriel : - 0,5 % an premier trimestre, + 0,8 % au deuxième puis + 0,7 % au troisième, + 2,1 % au quatrième). Compte tenu de l’acquis, 2010 reste cependant comme une année de croissance zéro en moyenne (dans ses dernières Perspectives de l’économie mondiale, le Fonds monétaire annonce + 0,2 %). 2011 sera bien, elle, l’année de la reprise : la BERD a confirmé une prévision de croissance de 2,6 % cette année (contre 3,6 % pour le gouvernement, 3 % pour le FMI) et, dans son dernier Rapport économique régulier UE-10, la Banque mondiale donne les projections de croissance suivantes : 0,2 % en 2010, 2,5 % en 2011, 3,4 % en 2012 (3,5 % pour le FMI).
Toutefois, la question de la soutenabilité de la croissance est posée, sans réponse pérenne autre que celle de la BERD dans son dernier Rapport de transition (2010) : poser les bases d’une croissance tirée par les exportations. Selon la Banque centrale (données préliminaires), les exportations progressent de 33 % sur l’année 2010 après avoir chuté de 23 % en 2009. Les importations augmentent elles de 13 % alors qu’elles avaient baissé de plus de 33 % en 2009. La progression des exportations se poursuit début 2011. Elle pourrait, sur l’ensemble de l’année, permettre une reprise plus forte de l’économie en même temps qu’un nouveau rééquilibrage de la la balance courante. Selon la Banque centrale, en 2010, le déficit commercial (FAB/FAB) a été ramené à 2,4 Md EUR (6,7 % PIB estimé) et le déficit courant ne représente plus que 0,8 % du PIB (plus de 23 % en 2008, 9,9 % en 2009). La reprise s’accompagne néanmoins d’un regain inflationniste. Selon l’Institut des statistiques, l’inflation moyenne sur 2010 est de 3 % (contre 2,5 % en 2009 et 7 % en 2008). 4,8 % annuels sont prévus en 2011 selon le FMI. L’IHPC atteint 4,4 % en décembre, 4,5 % en janvier, 5,2 % en février, 5,6 % en mars. La hausse est essentiellement due à l’augmentation des prix des loisirs, ainsi que de ceux du transport et des produits alimentaires. Début mars, le gouvernement a approuvé la création d’un groupe d’experts interministériel chargé de suivre l’évolution des prix des aliments, placé sous l’autorité du ministre de l’Agriculture. Il a également entrepris des mesures pour limiter la hausse des prix des carburants.
2. La demande intérieure reste encore freinée par les bilans des ménages et des entreprises
Le contexte inflationniste impacte les ménages au moins par deux canaux (carburants et produits alimentaires) dans un contexte où, selon l’INS (quatrième trimestre 2010), le revenu moyen par personne baisse de 3,7 % sur un an à 472,4 EUR (1 162 EUR par ménage, - 3,5 %). Les salaires (52 % du revenu total) et les retraites (30,6 %) demeurent les principales sources de revenu. Par ailleurs, le taux de chômage progresse de 3,3 points au quatrième trimestre 2010, à 11,2 %. Le taux d’emploi diminue de 2,2 points atteignant 59 % de la population en âge de travailler (3,4 millions de personnes fin décembre 2010). Le chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans demeure élevé, s’établissant à 26,5 %. Le taux de chômage de longue durée augmente de 2,5 points, à 5,9 %. Il faut néanmoins remarquer que le salaire moyen mensuel brut enregistre une progression quasi-continue sur l’année 2010, atteignant 342 EUR au quatrième trimestre (+ 4,9 % d’un trimestre à l’autre,+ 10 % sur un an). En outre, selon Eurostat, la consommation finale des ménages contribuerait à nouveau à la croissance en 2011. Elle progresserait de 2,2 % puis 3,8 % en 2012 (après avoir chuté de 7,6 % en 2009 et baissé de 1,2 % en 2010). Enfin, dans leurs récentes hypothèses macroéconomiques (2012-2014) soutenant le Programme de convergence comme le Programme national de réforme, les autorités anticipent une réduction progressive du taux de chômage à compter du second semestre 2011. Le taux de chômage moyen est estimé à 10 % en 2011, le taux d’emploi progressant de 0,2 % fin 2011. En 2012-2014, le ministère des Finances prévoit « une accélération de la productivité combinée à une croissance modérée du taux d’emploi, le taux de chômage étant projeté à 8,9 % en 2014 ».
3. La stabilité financière est un atout majeur pour la reprise
Le produit agrégé du secteur bancaire progresse légèrement en février (44,6 M EUR) dans un contexte de hausse des dotations aux provisions et d’augmentation des prêts non performants. Au quatrième trimestre 2010, la part des prêts non performants (impayé à 90 jours) atteignait 11,9 % du total des crédits octroyés (contre 10,61 % au troisième trimestre). La part des prêts non performants impayés à 180 jours est de 16 %. Le profit agrégé baisse de 21 % sur l’année à 315,3 M EUR, essentiellement suite à l’augmentation de 26,6 % des dotations aux provisions à 673,4 M EUR. Les actifs totaux représentent 37,7 Md EUR (soit 103 % du PIB estimé). Au quatrième trimestre 2010, le ratio total d’adéquation du capital atteint 17,48 % (17,8 % fin septembre). Quant aux actifs gérés par les organismes d’assurance, ils progressent de 19,1 % fin 2010, à 2,4 Md EUR
4. Les autorités bulgares font de la gouvernance budgétaire la priorité
Les positions bulgares en matière de politique économique se précisent en ce début d’année. Le débat gagne en intensité sous l’effet de l’harmonisation fiscale en UE et, surtout, du débat sur la « gouvernance économique européenne ». En matière budgétaire, le récent Programme de convergence envisage une réduction progressive du déficit budgétaire à 1,5 % du PIB en 2012, 1 % en 2013, 0,5 % en 2014. Le déficit 2011 est projeté à 2,5 % du PIB. En 2010, il s’élève (base de trésorerie) à 2,8 Md BGN (3,9 % du PIB). Sur les deux premiers mois 2011, il atteint 384 M EUR (1 % du PIB estimé, en baisse de 46,3 % en un an). La dette de l’Etat atteint 5,2 Md EUR (13,6 % du PIB) fin février. Les garanties de l’Etat atteignent 617,3 M EUR (1,6 % du PIB). Par ailleurs, au débat européen sur la gouvernance économique correspond en miroir un débat intérieur sur la surveillance budgétaire nationale. Un projet de « pacte de stabilité financière » (Fiscal Board) sera soumis au Parlement au printemps. Ce pacte prévoit notamment le plafonnement des dépenses de l’Etat à 37 % du PIB, la limitation du déficit budgétaire à 3 % et de la dette publique à 40 % du PIB et la soumission de toute modification de la fiscalité directe à un débat public et à une majorité qualifiée de 160 votes (deux tiers des députés). D’autre part, le débat sur la directive introduisant une base commune consolidée pour l’IS est un enjeu stratégique majeur pour la Bulgarie, dont l’économie dépend fortement des flux d’IDE. Or, selon la dernière Assessment letter pour la Banque mondiale du FMI (début mars), si la position extérieure du pays continue de s’améliorer, la crise a profondément tari les flux de capitaux (certes, notamment, dans le secteur des biens non échangeables). Selon la Banque centrale (données préliminaires), les flux d’IDE ont enregistré en 2010 une nouvelle et forte chute de 58,6 % à 1,4 Md EUR (3,8 % du PIB) – chiffres inférieurs aux prévisions officielles (1,5 Md EUR et 4,1 % du PIB selon le Programme national de réformes et la LF 2011). Et, selon l’expression du Fonds monétaire, les IDE ne devraient désormais croître « que graduellement ».

