1. Cadrage général.
Madagascar est considéré par les géologues comme faisant partie des trois pays recelant la plus grande variété de ressources minérales au monde, aux côtés du Brésil et de l’Inde. Comme dans d’autre pays, la bonne affectation de la rente minière au développement du pays constitue un enjeu majeur.
En dehors des grands projets miniers (voir plus loin), la petite mine, essentiellement informelle, joue un rôle clé pour l’extraction d’or et pierres précieuses ou semi-précieuses. Les experts estiment que Madagascar est le premier producteur mondial de saphir avec environ 40% de la production mondiale. La production d’or déclarée se monte à quelques dizaines de kilogrammes alors que la production annuelle est estimée à près de 10 tonnes.
2. Principales ressources minières.
Ilménite ou sable noir : QMM : projet d’extraction d’ilménite à Fort Dauphin.
QMM est une société détenue par Rio Tinto (80%) et l’Office des Mines Nationales et des Industries Stratégiques (OMNIS) représentant l’Etat malgache. Pour un investissement de 950 M$, le groupe a construit un site d’extraction et un port en eaux profondes pour exporter le minerai brut vers le complexe industriel de Sorel au Québec. Il existe trois bassins fortement concentrés en ilménite en vue d’une exploitation sur 50 ans. Le volume exporté devrait rapidement atteindre 750 000 t/an d’ilménite soit 10% de la production mondiale et 60 000 t de zirsill.
D’autres gisements d’ilménite existent. Une entreprise chinoise a commencé l’extraction d’ilménite dans la zone de Fénérive sur la côte Est au nord de Tamatave. Et un appel d’offre est en cours pour attribuer d’autres gisements d’ilménite dans la même région le long de la côte Est, entre Mananjary et Fénérive. Au Nord de Tuléar, le projet du groupe sud-africain Exxaro avec Ticor est toujours bloqué en raison des contraintes environnementales sur un vaste site qui pourrait permettre de produire environ 500 000 tonnes/an d’ilménite.
Nickel-cobalt : projet Ambatovy près de Tamatave.
Sherritt a démarré un investissement de 4,5 Mds USD pour le site d’extraction à Ambatovy, et une usine de traitement chimique du nickel et du cobalt à Tamatave. A partir de fin 2010, le site entrera en production pour atteindre ensuite 5600 t/an de cobalt, soit 10% de la production mondiale, et 60 000 t/an de nickel, près de 5% de la production mondiale. Le minerai sera exporté vers l’Asie sous forme de briquettes purifiées. En début 20010, près de 70% des travaux ont été effectués. Le site d’extraction sera relié à l’usine de traitement par un pipeline de220 km. Les travaux de construction autour de l’usine de traitement ont été l’occasion de mettre en place une nouvelle centrale de production d’électricité, rénover le port, construire des logements, et bien d’autres effets d’entraînement pour Tamatave déclarée « capitale économique ».
Pétrole
La première phase d’exploration du champ de grès bitumineux on-shore de Bemolanga, par le groupe Total, a été conclue en 2010 après deux années de travaux. La phase II d’exploration ne devrait pas intervenir dans l’immédiat, l’exploitation de ce type de ressource exige un cours du baril nettement supérieur à ce qu’il est actuellement. En attendant, la facture énergétique représente 14,1% des importations nationales.
Le groupe chinois Sunpec a annoncé avoir trouvé du pétrole et du gaz dans la région de Sakahara (Sud-Ouest du pays) sans en préciser les quantités.
La présence de pétrole à Madagascar est désormais une certitude mais aucun gisement de grande taille n’a été encore découvert. Une douzaine d’entreprises de diverses nationalités effectuent de la prospection pétrolière à Madagascar.
Petites mines : pierres précieuses/semi-précieuses et or.
En 2006, le ministère des Mines à créé l’Agence de l’or placée sous tutelle du Bureau du Cadastre Minier de Madagascar (BCMM). Celle-ci a ouvert en 2008 un premier comptoir de collecte de l’or à Maevatanana dans le but d’organiser le commerce de l’or et assurer un revenu à l’Etat. Pour le moment, la quasi-totalité de l’or produit disparaît dans les réseaux informels. Il est estimé que la production nationale d’or devrait se chiffrer en tonnes, alors que seulement quelques dizaines de kilogrammes sont déclarées. La situation est à peu près identique pour les pierres précieuses et semi-précieuses. Madagascar produit une liste impressionnante de pierres de bijouterie dont le diamant est quasiment le seul absent à ce jour. Afin de développer la valeur ajoutée sur place, les moyens de l’Institut de Gemmologie de Madagascar (IGM) sont renforcés. Cet organisme, sous tutelle du ministère des Mines, dispense des formations de haut niveau qui attirent de nombreux professionnels de pays variés.
3. Principaux projets miniers à suivre.
- Les enjeux dans le charbon sont stratégiques pour Madagascar. Le pays dispose de plusieurs bassins riches en charbon dont celui de la Sakoa (Sud-Ouest) qui a fait l’objet d’une étude par le groupe australien Straits (coté à Singapour) qui avait repris les activités de MCM, l’entreprise détentrice de permis miniers sur plus de 800 km2 avec une réserve estimée à plusieurs centaines de millions de tonnes. En avril 2009, Straits a cédé 60% de Straits Bulk and Industrial Pty Ltd (SBI), une participation dans Straits Asia, au groupe public thaïlandais PTT PCL (montant annoncé de 343 millions USD), l’accord portait sur des réserves de charbon à Madagascar, Malaisie, Australie. PTT PCL, première entreprise thaïlandaise par la capitalisation et, leader national pour l’énergie, est notamment connue pour sa stratégie d’acquisition de ressources énergétiques (pétrole, gaz, charbon).
- Une seconde entreprise thaïlandaise, Italian Thai Development (ITD) et sa filiale Asia Thai Mining, étudient l’éventuelle exploitation d’un autre bassin de la région Sakoa, après avoir repris les actifs de Pan African Mining en 2008. ITD est un autre géant industriel thaïlandais, diversifié dans les secteurs de la construction, infrastructures, mines. Le chiffre d’affaires consolidé du groupe s’élevait à 1,3 Md USD en 2008 et ses actifs à 1,7 Md USD. L’investissement à Madagascar pour plusieurs centaines de millions USD comprendrait la réhabilitation d’une ancienne route reliant le bassin houiller à Soalara, sur la côte. Une ancienne voie ferrée existe et devrait être reconstruite pour acheminer le minerai jusqu’à la côte, de même qu’un terminal portuaire pour accueillir des navires capables d’embarquer 150 000 tonnes. Enfin, une centrale thermique sera nécessaire pour fournir les besoins en électricité.
- Le gisement de fer de Soalala, connu depuis les années 80, a été attribué au groupe chinois Wisco en échange du versement de 100 Mios USD. La réserve en fer du site est estimée à 562 Mt et permettrait une production à ciel ouvert de près de 3,5 Mt annuelles. Le site du gisement, non loin de la côte, au sud de Mahajanga devra faire l’objet d’aménagements routiers pour être plus accessible. Un site portuaire est prévu, ainsi qu’une unité de production d’électricité, l’investissement prévu par Wisco devrait dépasser 2 Mds USD.
- Madagascar pourrait également devenir un acteur important dans le secteur de la bauxite grâce au gisement de Manantenina, à proximité de Fort Dauphin (extrême Sud-Est) dont les droits miniers sont détenus par Rio Tinto-Alcan et Access Madagascar. Le site présente l’avantage d’être situé non loin du gisement d’ilménite. Rio Tinto, déjà leader mondial pour la bauxite et l’aluminium, mais « seulement » au 4ème rang pour l’alumine, renforcerait ainsi sa position. A ce jour, l’investissement global du projet est estimé à plus de 2 Mds $. Le gisement avait initialement été étudié par Péchiney qui a ensuite été repris par Alcan. Selon les experts, il serait possible de produire environ 3 Mt d’alumine par an à plein régime, soit l’équivalent de 4% de la production mondiale d’alumine qui s’élève à73 M de tonnes. En raison du déficit énergétique du pays, il n’est pas envisagé, pour le moment, de réaliser sur place la transformation de l’alumine en aluminium. Une voie d’accès devra être construite entre le site minier et le nouveau port d’Ehoala pour faciliter l’exportation
- Lancer l’exploitation d’uranium fait également partie des objectifs du gouvernement malgache. Dans ce secteur sensible, les entreprises qui prospectent doivent impérativement se rapprocher de l’Office des Mines Nationales et des Industries Stratégiques (OMNIS), agence de l’Etat malgache, qui impose une prise de participation d’au moins 20%. Au total, une quinzaine d’entreprises effectuent des recherches avec des premiers résultats prometteurs. Pan African Mining Corp (cotée au Canada et contrôlé par ITD) explore 5 000 km2 pour l’uranium (et 7 500 km2 pour d’autres ressources minérales) et a déclaré avoir mis en évidence la présence d’uranium de haute qualité, à une concentration moyenne de 4,329 gr/tonne (11,25 lbs/tonne d’oxyde d’uranium U3O8), dont deux sondages à plus de 22 gr/t, à une profondeur inférieure à 17,5 m, sachant qu’il faudrait approcher les 500 gr/t pour assurer la rentabilité de l’exploitation. Le minerai se présente en bandes d’uranothorianite, emprisonnées dans une couche métamorphique de pyroxénite. Cette découverte a eu lieu à Tranomaro (région de Fort Dauphin), sur l’un des quatre sites de PAM Atomique Sarl.
Contacts utiles :
Office des Mines Nationales et des Industries Stratégiques – OMNIS
Tél : + 261 20 22 242 83 - Fax : + 261 20 22 229 85
Ministère de l’Energie et des Mines de Madagascar
Tel. : + 261 20 22 595 59 - Fax : + 261 20 22 595 56
Institut de Gemmologie de Madagascar - IGM

